Appropriations, réappropriations, rejets, auteurisations

Revue Polygraphe(s) n°4 à paraître le 22 septembre 2022

Le thème de ce numéro veut interroger les stratégies et les conduites contextualisées qui définissent l’appropriation, la réappropriation ou le rejet de la communication figurée ou écrite.

Il s’agit de considérer le choix des individus et des collectifs pour s’approprier ou se réapproprier un espace, mettre en œuvre des stratégies de communication, construire des systèmes de représentations, voire pour proposer des alternatives à ceux en vigueur. Le dialogue entre ces trois composantes de la production graphique témoigne de phénomènes divers et complexes entre pérennité, stabilité, copie, détournement, jusqu’au refus, qu’il s’agisse d’une opposition à la culture écrite ou iconographique ou d’une contestation de celle-ci, en déguisant ou en occultant des actes graphiques (effacement, caviardage, détournement) et jusqu’à des actions violentes (autodafé, attentat). La dimension temporelle est aussi convoquée lorsque plusieurs épisodes graphiques se succèdent, rapprochés et culturellement apparentés ou bien séparés par la culture et/ou le temps ; et avec elle sont questionnées les notions d’héritage et de rupture.

Les pratiques telles que présentées ici soulignent le jugement permanent des individus et des collectifs par rapport à leur production graphique et ce qu’elle exprime pour leurs observateurs. Elles montrent aussi le regard porté sur la production des autres acteurs, connus ou inconnus. Préalablement, ces pratiques supposent une capacité et une volonté de rédiger un texte ou de réaliser un motif, de comprendre la portée de cet acte graphique et d’en mesurer l’impact sur d’autres acteurs, ce qu’on peut qualifier d’auteurisation. Par ce terme, on exprime tout à la fois la capacité visible d’écrire (d’être l’auteur-autrice) et de pouvoir agir (de s’autoriser) dans la crainte, parfois omniprésente, d’accéder (ou non) au pouvoir d’écrire.

Les Dialogues croisent les avis de spécialistes de disciplines différentes. Le premier dialogue porte sur plusieurs auteurisations concernant le théâtre, les pratiques d’enseignement, la littérature, les pratiques de recherche et de publication, etc. Les questions de traduction, d’appropriation et de transmission y sont notamment discutées.

Il est question ensuite, des stratégies de communication mises en place par les communautés autonomes zapatistes (Mexique) durant la dernière décennie. Deux scènes ethnographiques constituent le cœur de l’article : un atelier de dessin organisé au sein d’un festival et une peinture murale réalisée par des étudiants étasuniens. On analyse les pratiques de communication visuelle et leur inscription dans des logiques de réseaux.

Un street-artist faisant de l’art pariétal paléolithique son principal sujet d’inspiration et une archéologue discutent de la façon dont les œuvres du premier sont appréciées par ses observateurs et ce qu’elles suggèrent de la production graphique pariétale dans le Paléolithique européen.

Enfin, il est question des graffitis que de jeunes gens du voyage laissent en des lieux qui leur sont chers mais ne leur appartiennent pas. En quoi, ces inscriptions parlent-elles d’appropriation, de propriété mais aussi de territoire et de transmission ?

Le premier Point de Vue, aborde la création animale et conséquemment la question de l’auteurisation : l’intention de créer de l’animal, c’est-à-dire son agentivité couplée à la conscience qu’il a de son action. Ces analyses débouchent sur d’autres questionnements, comme le statut de la création par un robot doté d’une intelligence artificielle.

Est abordée ensuite le réemploi de dalles ornées dans la construction des tombes mégalithiques néolithiques d’Europe occidentale. Peut-on parler de rejet, de spoliation, de réappropriation, etc., toutes hypothèses concernant les circonstances sociales de leur réemploi ?

Suit l’analyse d’un poème de l’écrivain argentin Julio Cortázar, « Noticias del mes de mayo », à partir de fragments de discours, slogans et inscriptions qui ont marqué mai 1968 : ces derniers sont finalement érigés en modèle de création poétique.

Les Cartes Blanches abordent des sujets très divers comme la difficile appropriation graphique de l’espace public en Algérie, la question de l’image contemporaine comme témoignage de l’histoire, l’ingestion d’un texte ou iconophagie, les créations d’une artiste à partir des relevés sur calques de la grotte de Lascaux réalisés entre 1952 et 1963, etc.

À l’ensemble des textes est adossée une iconographie riche et diversifiée qui souligne l’originalité de la revue Polygraphe(s).


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Mis à jour le
19 juillet 2022
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