05 mai 2017
Les valorisations territoriales et touristiques du street art

Journée d'étude organisée par les lauréats de l'appel à projets Arts & SHS

En 2016, les Parisiens ont voté en faveur de la création d’un chemin de Grande Randonnée du street art entre Arcueil, Paris et Vitry, dans le cadre des budgets participatifs de la Ville de Paris, tandis qu’à Plaine Commune, une avenue du street art est en cours de mise en place, coordonnée par l’Office du Tourisme. Ainsi se pose la question des valorisations dont le street art fait l’objet de façon croissante, dans des logiques tant directement marchandes que de construction d’image, d’animation ou d’esthétisation territoriale, notamment à des fins d’attractivité.

La notion de street art est protéiforme et évolutive. Parue en France au début des années 2000 et consacrée par les médias dans les années 2010, elle recouvre des pratiques performatives d’essence éphémère qui s’inspirent ou s’appuient sur les supports de l’espace de la ville. Conduites d’abord majoritairement dans l’illégalité, de nombreuses réalisations sont à présent autorisées et commandées par les autorités publiques. Le monde académique s’est progressivement emparé de cet objet hybride qui questionne les catégories de l’art et la fabrique culturelle de la ville. Des séminaires et des colloques internationaux se multiplient pour tenter de mieux cerner les contours de la pratique artistique et conceptualiser son influence sur l’espace public ainsi que les mondes de l’art.

Néanmoins, la question du lien entre le street art et ses valorisations, qu’elles soient urbaines ou touristiques, reste encore à explorer. Fort de son succès, le street art fait l’objet d’une diffusion par les institutions dans un contexte de métropolisation par l’événement et la culture. Il se retrouve à l’affiche de nombreux festivals à travers le monde et fait l’objet d’expositions dans des institutions culturelles relativement prestigieuses. L’appellation street art elle-même s’est imposée en lien avec ces diverses applications et valorisations. Elle bénéficie d’une forte résonnance médiatique et constitue un outil marketing efficace pour les territoires. Cette connexion s’opère notamment par le biais du tourisme : le terme street art est employé par les institutions pour labelliser des projets touristiques dans des contextes géographiques variés, tandis que divers produits touristiques ont le street art pour objet.

Détails

Journée d'étude

Salle Colombani, Grands Voisins
82 av. Denfert Rochereau, Paris 14e

5 mai | 9h30 à 18h30

Entrée libre

Ajouter à mon agenda

Face à ces constats, notre ambition pour cette journée d’étude est d’appréhender l’articulation entre le street art, dans ses valorisations territoriales et touristiques, et l’espace urbain. En quoi ces valorisations transforment-t-elle les contenus et l’organisation de la pratique artistique ? Induisent-elles de nouveaux usages et représentations dans l’espace de la ville ? Dans quelle mesure alimentent-elles la structuration des politiques touristiques, dans les centres et les périphéries urbaines ? S’effectuent-elles à des échelles (hyper)locales, métropolitaines ou mondiale ?

Cette journée d'étude est organisée par Pauline Guinard, Sébastien Jacquot, Clotilde Kullmann, membre du projet Articités, lauréat de l'appel à projets Art & SHS de la FMSH.
Partenaires : FMSH | ENS | Université Paris 1 Panthéon Paris Sorbonne

Téléchargez le programme détaillé

 

Programme

9h30 | accueil des participants

10h00 | Introduction par les organisateurs

10h30-12h30 | Table ronde - Les acteurs de la valorisation du street art

Discutant : Sébastien JACQUOT
Avec Olivier LANDES, directeur de l’association Art en Ville, Elise HERSZKOWICZ, directrice de l’association Art Azoï, JBC, artiste François ROBLOT, Responsable du Service Etudes et Développement, Comité Départemental du Tourisme 94 et Damien CACOUAULT, membre de l’association Vitry'n urbaine

12h30-14h00 : Pause déjeuner libre

14h00-16h00 | Présentations-discussion - Les lieux du street art

Discutante : Pauline GUINARD
Clémence LEHEC, doctorante en géographie, Université de Genève, UMR Pacte.
« Bethléem - Checkpoint 300 : d'un espace marginalisé à l'émergence d'un réseau touristique alternatif autour du border art »
Julie VASLIN, doctorante en science politique, Sciencespo Lyon, UMR Triangle
« Produire l’image de marque d’une capitale, entre effacement et promotion des graffitis : Une comparaison Paris-Berlin »
Régis COCAULT, directeur General, Office de Tourisme de Plaine Commune Grand Paris
Stéphanie LEMOINE et Nicolas GZELEY, journaliste, artiste/journaliste
« Des friches périphériques aux temples de la métropole : le traitement du graffiti dans les Magasins généraux à Pantin »

16h00-16h30 : pause

16h30-18h00 | Projection-débat - Les temporalités du street art

Discutante : Clotilde KULLMANN
Projection d’extraits du film La Tour Paris 13 de Thomas Lallier (2014, coproduction Blogothèque et France O)
Thomas LALLIER, réalisateur, Martine MOREL, directrice de la communication du Musée de la Poste, Aurélien MICHAUD, fondateur du site internet Urbacolors et TOM TOM, artiste

18h00-18h30 | conclusion

Damien DARCIS, Docteur en Philosophie, Université de Mons
« Géographie de la jungle : Des images interdites ? Banksy et les coeurs en carton »

 

Axes abordés

Axe 1 : Les lieux du street art

Le street art anime la régénération urbaine, révèle des interstices et renouvelle la médiatisation des opérations d’aménagement. Au service des discours de l’attractivité, il est utilisé par les institutions pour développer le tourisme dans des territoires périphériques et pour modifier les regards sur ce qui est perçu comme des échecs esthétiques de la rénovation urbaine. En parallèle, il s’invite dans les centres historiques métropolitains, dont il habille certains monuments emblématiques, investit des axes de circulation de plus en plus visibles et accompagne les grands évènements métropolitains. Quels sont alors les types d’espace préférentiellement valorisés par les politiques institutionnelles et les initiatives privées via le street art ? Quels en sont les objectifs ? Le développement de projets en périphéries plus particulièrement peut-il être perçu comme catalyseur de gentrification ou s’inscrit-il dans des démarches de développement local plus endogène ? Les types de valorisations du street art varient-ils selon leur localisation, leurs objectifs ou bien encore leur inscription dans une circulation mondiale de modèles ? Les espaces urbains valorisés tendent-ils à être singularisés ou, au contraire, à se normaliser ?

Axe 2 : Les acteurs de la valorisation du street art

Le street art est devenu une forme malléable du point de vue de ses formes, de ses objectifs, de ses modalités de valorisation et de ses publics. Comment les outils propres à la valorisation du tourisme en ville sont-ils repris (de la balade urbaine au guide) par cette forme artistique ? Entre interventions in situ et diffractions numériques, quelles sont les médiations privilégiées et pour quels objectifs ? Par ailleurs, de nouveaux opérateurs disposant de connaissances à la croisée des mondes de l’art et de la ville sont apparus pour organiser et médiatiser les projets dédiés au street art. On pourra se demander si leur profil et leur rôle se sont transformés avec le succès de la pratique artistique. Le street art a-t-il fait émerger des figures incontournables de la promotion de cet art, indépendamment des nombreux acteurs qui s’étaient déjà tournés vers des démarches de valorisation (associations, collectifs, galeristes, collectivités, etc.) ? Enfin, les caractéristiques performatives du street art ont donné la possibilité de faire intervenir les publics de différentes manières au cours du processus créatif. En quoi ces nouvelles
tendances nourrissent-elles de formes de tourisme inédites, plus participatives et expérientielles ?

Axe 3 : Les temporalités du street art

Les dimensions relativement labile et éphémère du street art en ont fait un outil privilégié de la mise en scène des processus de fabrication de la ville. Les caractéristiques de cette pratique permettent de renouveler et de rythmer l’offre notamment touristique sur un même espace, tout en suscitant l’idée de mutations en acte. Pourtant, la valorisation de l’espace urbain par le street art peut également s’inscrire dans un temps urbain plus long, comme en témoignent les fresques monumentales placées en hauteur, qui sont, de fait semi-pérennes. Ces rapports à la temporalité sont en outre modifiés par l’utilisation des nouvelles technologies qui médiatisent des réalisations cachées, voire disparues, et posent ainsi la question de la sauvegarde de pratiques emblématiques et de la patrimonialisation de la ville. Quels sont donc aujourd’hui les temps et les temporalités du street art ?

Axe 4 : Le in et le off du street art

Il s’agit d’interroger ici ce que fait la valorisation institutionnelle de l’espace urbain à la dimension illégale ou « off » (Vivant, 2006)13 du street art. Autrement dit, dans quelle mesure le in utilise-t-il le off et vice-versa ? La valorisation institutionnelle du street art agit-elle sur son contenu, sur son ancrage territorial, sur sa dimension potentiellement subversive, et ce jusqu’à faire de cet art un simple élément du décor urbain ? N’intègre-t-elle que les actions réalisées dans la légalité ? Influence-t-elle les formes et le mode d’organisation du off ? Existe-t-il des valorisations off ? Peut-on dresser des typologies de projets et de visiteurs en fonction des formes et du degré d’institutionnalisation des interventions ou des espaces valorisés ? L’appellation street art est-elle appliquée à toutes les valorisations artistiques de rue indépendamment de leur caractère off ou in ?


© Thomas Canto

Partager
Journée d'étude

Voir aussi