19 octobre 2017
Une perspective latino-américaine

Séminaire Global Street avec Iliana Mignaqui et Doris Tarchopulos

Discutante : Sophie Body-Gendrot (Sorbonne Paris-IV ; sous réserve) et en présence de Saskia Sassen (Columbia University)

 

►Nouvelles Urbanités. Dynamiques d’inclusion, d’exclusion et d’expulsion : Buenos Aires – Paris

Iliana Mignaqui (Urbaniste, Université de Buenos Aires)

Les processus d’exclusion économique, religieuse, ethnique, culturelle, se sont aggravés lors des vingt dernières années et augmentent la conflictualité urbaine. Déportés par des guerres, des catastrophes naturelles ou le narcotrafic, des paysans sans terre, déplacés par l’avancée de nouvelles frontières agricoles et d’élevages, exclus de l’accès au logement et au marché du travail, délogés et sans toit, forment un collectif qui trouve dans l’espace urbain, un lieu de manifestation, de refuge et de résidence.

La croissance de l’habitat précaire et éphémère ne se limite pas aux villes des pays en développement, elle apparaît aussi dans les principales capitales d’Europe et des Etats-Unis et se matérialise dans différentes sortes de construction, comme des camps, des tentes, des abris, ou encore dans des « villes misères », favelas, bidonvilles (barriadas), ou dans ces milliers de personnes qui vivent dans la rue.

Comment se manifestent les différentes formes d’exclusion dans l’espace urbain et quel type de spatialités construisent-elles ? Sommes-nous face à de nouvelles formes de nomadisme urbain ?

Quelles réponses apportent les politiques en matière d’urbanisme à ceux qui vivent dans ces constructions éphémères ou dans la rue et sont exclus du droit à la ville?

L’absence de politiques publiques inclusives et la répression des conflits par l’usage et l’appropriation de l’espace urbain, exacerbent la conflictualité sociale, et, dans de nombreux cas, rendent invisibles ceux qui, dans la résistance, construisent un lieu où vivre.

Si nous comprenons l’urbanité comme l’ensemble des règles pour gérer la relation aux autres (Giglia, 2000) ou l’ajustement réciproque entre une forme d’organisation spatiale et une forme de vivreensemble (Choay, 2006), la coexistence avec des urbanités alternatives est-elle possible, par la reconnaissance des ces spatialités mobiles, éphémères et changeantes ?

C’est dans ce cadre que se réalisera une analyse comparative des dynamiques d’inclusion, d’exclusion et d’expulsion depuis la perspective de justice spatiale, entre Buenos Aires et Paris, et que nous réfléchirons aux nouvelles urbanités qui en résultent. Nous examinerons aussi le rôle des politiques urbaines actuelles pour voir s’il est possible de construire de nouveaux espaces d’émancipation et de résistance face aux actions de répression policière et aux dispositifs disciplinaires qui, depuis l’Etat, essaient de les contrôler ou de les rendre invisibles.

 

►Medellin à Paris : Exclusion sociale, violence et urbanisme

Doris Tarchópulos (Architecte, Pontificia Universidad Javeriana, Colombie)

Lors de ce séminaire, j’explorerai le cas des habitations informelles à Medellín, dont la construction a été lancée dans les années 1970 par une population paysanne illéttrée et sans instruction, déplacée des territoires ruraux, alors dévastés par le conflit armé entre la guerrilla et l’Etat colombien. Ces quartiers illégaux sont situés dans les montagnes, à la périphérie de Medellín qui n’avait ni services publics, ni transport, ni services médicaux, ni écoles, ni infrastructures culturelles, c’est-à-dire, sans urbanité. L’ensemble de ces quartiers forme un territoire indéterminé de par sa déconnexion de la ville, mais qui à son tour incluait des espaces d’isolement et de séparation à l’échelle locale. Par conséquent, ils ont concentré de larges poches de marginalité et une pauvreté extrême, ainsi que de graves problèmes de violence, de gouvernance et de décomposition sociale. Medellín n’était pas préparée à gérer ce phénomène migratoire, ni à offrir de travail formel et à intégrer ces nouveaux venus. La ville était alors au milieu d’une crise de ses institutions publiques qui coïncidait avec le déclin de son modèle économique basé sur l’industrie, la montée de la consommation mondiale de cocaïne, la consolidation de groupes de crime organisés initialement liés à la contrebande puis, par la suite, à la production et au trafic de drogues, à quoi s’ajoutaient la formation de gangs de jeunes et la projection du conflit armé dans ces quartiers informels. Ces éléments sont un terreau fertile pour configurer la ville comme celle aux plus haux taux d’exclusion, de fragmentation sociale et de violence au monde dans les années 1980 et 1990. La diminution de la violence et la reprise de Medellín ont été largement documentés et rendus publics. Résultant des efforts conjoints de divers acteurs publics, privés, associatifs , solidaires et de coopération internationale, des PUI (Integrated Urban Porjects) ont été mis en place et leurs impacts positifs en termes urbains, sociaux, économiques et de réduction de la violence ont attiré l’attention internationale. L’expérience a montré que par des stratégies d’urbanisme, complexes, participatives et sensibles aux problèmes de l’informalité, les espaces indéterminés à l’échelle urbaine peuvent être transformés en des territoires équipés, connectés et intégrés à la ville formelle pour favoriser l’inclusion et l’identité sociale. La configuration de ces espaces à l’échelle locale peut être transformée en liens, en continuités pour la promenade, la rencontre, l’interaction, la communication, l’expression, le divertissement et l’éducation. 

Détails

Jeudi 19 octobre

16h-19h

Maison Suger | 16-18 Suger 75006 Paris


Inscriptions : vvidal@msh-paris.fr

 

 

 

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Séminaire

Global Streets

Le projet Global Streets développé au sein de la chaire Villes globales met l’accent sur l’importance de l’espace urbain indéterminé dans nos villes, devenues chaque fois plus complexes et souvent divisées.. Paris constitue le terrain de cette recherche. La question clé de ce projet est de savoir si cet espace indéterminé, appelé ici de manière générique “la rue globale”, peut permettre de rapprocher petit à petit la sphère publique environnante plus large, de ces quartiers qui se vivent comme isolés, suspects et négligés. Les places ou boulevards traditionnels sont souvent des marqueurs forts pour ces communautés, qui ne les ressentent pas comme ”leur” place, “leur” boulevard.  Un espace public indéterminé et moins marqué peut-il alors fonctionner comme une zone intermédiaire susceptible de créer un tissu connecteur entre ces quartiers et l’ordre social d’une ville dans son ensemble ?  Certaines des Portes de Paris du tronçon Nord-Est du périphérique fonctionnent de cette façon, de même que les rues commerçantes très diverses correspondant à des bas revenus, des arrondissements et des banlieues qui leur sont limitrophes. Ceux qui se sentent chez eux dans la ville traditionnelle peuvent-ils apprendre quelque chose du fait qu’il existe un besoin pour un espace moins déterminé ? Pouvons-nous faire partie de ceux qui créent ce tissu ?

Afin d’ouvrir cette piste, des chercheurs étrangers viendront passer 2 à 3 semaines à Paris pour développer une réponse à cette question en observant les lieux où, à Paris, des formes indéterminées d’espaces permettent à ceux qui ne détiennent aucun pouvoir de mettre un pied dans la ville. Les travaux de ces chercheurs abordent des sujets divers, avec des méthodes variées (journalisme, film, activisme, design, etc).  Ils ont  tous cependant en commun d’être liés à la violence profonde qui se manifeste dans les villes. Par ailleurs, Chacun présentera ainsi ses observations lors d’un séminaire public et aura pour discutant, en binôme, un chercheur Français ou basé en France travaillant sur des questions similaires à Paris, qui apportera sa propre réponse.

Tous les séminaires auront lieu de 17h à 19h. 

 

  • 19 octobre 2017 : Doris Tachopulos : Medellin à Paris. Exclusion sociale, violence et urbanisme / Iliana Mignaqui : Nouvelles urbanités. Dynamiques d’inclusion, d’exclusion et d’expulsion : Buenos Aires-Paris

 

Photo par Mbzt — Travail personnel, CC BY-SA 3.0

 

Thèmes de recherche : 
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Sous-titre : 

Projet de recherche lié à la chaire Villes globales

Responsables : 
Rubrique (Parent) : 
Projets soutenus
Programmes : 
Villes globales
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Chercheurs associés: 
John Bingham-Hall
Projet Terminé : 
Type de contenu : 
nouveau contenu
Language : 
fr
Type de programme : 
Projet de recherche

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