12 octobre 2017
Produire la Banlieue

Repenser le paysage infrastructurel et l’identité métropolitaine de Paris via le Boulevard Périphérique

Conférence de Justinien Tribillon* pour la chaire Villes Globales, dans le cadre du projet Global Streets 

Discutant : Mathieu Flonneau**

Landscapes can be deceptive. Sometimes a landscape seems to be less a setting for the life of its inhabitants than a curtain behind which their struggles, achievements and accidents take place. For those who, with the inhabitants, are behind the curtain, landmarks are no longer only geographic, but also biographical and personal. (John Berger & Jean Mohr (1967) A fortunate man: the story of a country doctor

 

Le 1er janvier 2016 marque la naissance de la Métropole du Grand Paris. Ce nouvel organe politique marque l’un des accomplissements de la dynamique institutionnelle qui débuta il y a une décennie, et qui a vu l’idée d’un Grand Paris revenir sur le devant de la scène politique régionale et nationale. Cette ambition politique a inspiré de nombreux évènements : compétitions architecturales, colloques universitaires et initiatives institutionnelles visant à penser et dessiner le Grand Paris. Pourtant, la possibilité d’une véritable refonte de la relation entre Paris et Banlieue n’a été abordée que timidement. Après dix ans, les produits tangibles de cette course au Grand Paris sont la création de la Métropole mentionnée précédemment, et un ambitieux réseau de transport qui semble porter tout l’imaginaire et les attentes grand-parisien sur ses rails.

 

Pourtant, aux limites de Paris ‘intramuros’, une infrastructure routière symbolise cette division entre Paris et Banlieue. Le Boulevard Périphérique, inauguré en 1973, est désormais la personnification même de ce fossé entre la « Cité » et sa « parure » selon les mots du Baron Haussmann. Tandis que la mention du Périphérique comme frontière est désormais un tel lieu commun qu’elle est en devenue un cliché, on oublie de réfléchir à la puissance du préjudice et de l’a priori—qui émane des discours généralistes comme universitaires—sur cet espace si particulier, et plus généralement sur les raisons profondes pour lesquelles le Périphérique demeure un si puissant symbole de la division Paris/Banlieue.

 

Pour cette conférence, Justinien Tribillon souhaite explorer l’espace du Périphérique en utilisant la notion de « paysage infrastructurel » proposée par Matthew Gandy, qui combine les réseaux physiques et organisationnels de la ville avec la notion de paysage héritée des beaux-arts. Il explorera le concept de paysage, et décortiquerai le terme d’infrastructure, que l’on considère trop souvent comme acquis.

 

Enfin, la recherche doctorale qu'il entreprend sur un temps plus long a été nourrie par une remise en question de ce que je croyais savoir des limites de Paris intramuros. Parisien de naissance, basé à Londres de longue date, il (re)découvre Paris dans sa relation à ‘sa’ Banlieue, au travers de mon expérience Londonienne. Ainsi, cette conférence sera aussi basée sur des observations sur le terrain et des éléments visuels collectés lors d’une marche tout autour du Périphérique, réalisée en vingt-quatre heures en Septembre 2017.


* Justinien Tribillon est un urbaniste, essayiste et éditeur. Basé à Londres, Justinien explore les villes avec des idées, concepts, images, des données qualitatives et quantitatives. Il travaille avec des bureaux d’architectes et de paysagisme, des collectivité locales et des centres de recherche à Londres, Paris et à travers l’Europe. Justinien écrit pour des revues et journaux tels que MONU et The Guardian, il est également rédacteur et éditeur de la revue Migrant Journal. Diplômé de Sciences Po et de la London School of Economics en sciences sociales, politique urbaine et design urbain, Justinien est désormais doctorant à University College London où il recherche la frontière Paris/Banlieue tout en enseignant l’urbanisme en licence et master.

** Mathieu Flonneau est historien et universitaire, maître de conférences en histoire contemporaine à Paris I Panthéon-Sorbonne (SIRICE-CRHI, LabEx EHNE), spécialiste d’histoire urbaine, des mobilités et de l’automobilisme. Il est directeur de l’Institut Administration Economique et Sociale dans l’Ecole de Droit de la Sorbonne. Il est fondateur du groupe Passé Présent Mobilité P2M et co-dirige deux collections : chez Descartes&Cie, « Cultures Mobiles », et aux Publications de la Sorbonne : « Mobilités&Sociétés ». Il a notamment co-dirigé avec Annie FOURCAUT, Emmanuel BELLANGER ,Paris-Banlieues. Conflits et solidarités, Paris, Creaphis, 2007.

Détails

Jeudi 12 octobre 2017

17h-19h

FMSH

54, Boulevard Raspail

Salle A3-50

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Conférence

Global Streets

Le projet Global Streets développé au sein de la chaire Villes globales met l’accent sur l’importance de l’espace urbain indéterminé dans nos villes, devenues chaque fois plus complexes et souvent divisées.. Paris constitue le terrain de cette recherche. La question clé de ce projet est de savoir si cet espace indéterminé, appelé ici de manière générique “la rue globale”, peut permettre de rapprocher petit à petit la sphère publique environnante plus large, de ces quartiers qui se vivent comme isolés, suspects et négligés. Les places ou boulevards traditionnels sont souvent des marqueurs forts pour ces communautés, qui ne les ressentent pas comme ”leur” place, “leur” boulevard.  Un espace public indéterminé et moins marqué peut-il alors fonctionner comme une zone intermédiaire susceptible de créer un tissu connecteur entre ces quartiers et l’ordre social d’une ville dans son ensemble ?  Certaines des Portes de Paris du tronçon Nord-Est du périphérique fonctionnent de cette façon, de même que les rues commerçantes très diverses correspondant à des bas revenus, des arrondissements et des banlieues qui leur sont limitrophes. Ceux qui se sentent chez eux dans la ville traditionnelle peuvent-ils apprendre quelque chose du fait qu’il existe un besoin pour un espace moins déterminé ? Pouvons-nous faire partie de ceux qui créent ce tissu ?

Afin d’ouvrir cette piste, des chercheurs étrangers viendront passer 2 à 3 semaines à Paris pour développer une réponse à cette question en observant les lieux où, à Paris, des formes indéterminées d’espaces permettent à ceux qui ne détiennent aucun pouvoir de mettre un pied dans la ville. Les travaux de ces chercheurs abordent des sujets divers, avec des méthodes variées (journalisme, film, activisme, design, etc).  Ils ont  tous cependant en commun d’être liés à la violence profonde qui se manifeste dans les villes. Par ailleurs, Chacun présentera ainsi ses observations lors d’un séminaire public et aura pour discutant, en binôme, un chercheur Français ou basé en France travaillant sur des questions similaires à Paris, qui apportera sa propre réponse.

Tous les séminaires auront lieu de 17h à 19h. 

 

  • 19 octobre 2017 : Doris Tachopulos : Medellin à Paris. Exclusion sociale, violence et urbanisme / Iliana Mignaqui : Nouvelles urbanités. Dynamiques d’inclusion, d’exclusion et d’expulsion : Buenos Aires-Paris

 

Photo par Mbzt — Travail personnel, CC BY-SA 3.0

 

Thèmes de recherche : 
Image principale : 
Sous-titre : 

Projet de recherche lié à la chaire Villes globales

Responsables : 
Rubrique (Parent) : 
Projets soutenus
Programmes : 
Villes globales
Site Type : 
Pôles : 
Disciplines : 
Imported : 
Chercheurs associés: 
John Bingham-Hall
Projet Terminé : 
Type de contenu : 
nouveau contenu
Language : 
fr
Type de programme : 
Projet de recherche