Cérémonie de remise des prix de la Fondation

Prix Mattei Dogan, Ariane Deluz et Fonds Louis Dumont | 12 octobre 2021

La remise des prix Ariane Deluz, Mattei Dogan et du Fonds Louis Dumont a eu lieu le mardi 12 octobre au 54 boulevard Raspail à Paris.

Cette soirée a réuni les lauréats des prix Ariane Deluz (Delphine Sall) et Mattei Dogan (Jiawen Sun et Thibault Bechini) ainsi que leurs proches et directeurs de recherche. Le lauréat du Fonds Dumont, Kang Daehoon, était déjà sur son terrain de recherche en Corée où son certificat lui sera adressé.

 

Delphine Sall, lauréate du prix Ariane Deluz

« Espaces sous pressions : espace, genre et urbanisation chez les wolofs au Sénégal ».

L’espace domestique wolof est organisé dans la vie quotidienne par des groupes de femmes affines qui cuisinent ensemble pour leur belle-mère. Les hommes, eux, se retrouvent dans les rues et traversent seulement les maisons : ils passent leur temps à marcher (dox). À Guet Ndar, cependant, les rues sont de plus en plus étroites et les maisons ne peuvent plus accueillir tout le réseau de femmes affines. En travaillant à la fois sur les questions de résidence, de parenté et de mobilité, ce projet vise à comprendre le genre et ses espaces de réalisation lorsqu’ils sont de plus en plus partitionnés. Guet Ndar est en ce sens remarquable : ce quartier populaire de Saint Louis du Sénégal est en effet très densément peuplé, ce qui renforce les enjeux liés au partage de l’espace, qu’il soit public ou domestique. D’autant plus que sa superficie diminue progressivement en raison de la montée des eaux, de la dégradation des côtes Ouest-Africaines et de l’aménagement d’une brèche entre le fleuve et la mer qui accélère l’érosion côtière. Ce contexte, donne à voir des possibilités de l’organisation socio-spatiale wolof insoupçonnées ou du moins peu visibles dans d’autres : féminisation des espaces, arrangements résidentiels complexes entre époux, et même éclatement des maisons familiales en plusieurs pôles de systèmes résidentiels. Le rôle que joue le genre dans ces aspects morphologiques implique d’appréhender des parcours matrimoniaux et professionnels des femmes et des hommes, leurs mobilités, leurs techniques de corps. Ceci participera à comprendre la construction des identités de genre dans le temps et dans l’espace et les logiques d’autonomie des femmes wolofs.

 

 

Jiawen Sun, lauréate du prix Mattei Dogan

« Corps et politique dans la Chine contemporaine. Sociologie de la souffrance parmi les anciens jeunes instruits envoyés dans les fermes militaires pendant la Révolution culturelle »

Dans cette thèse, les jeunes instruits (zhiqing) qui ont été envoyés dans des fermes militaires pendant la Révolution Culturelle ont été choisis en tant qu’objet de recherche, les difficultés et les souffrances qu’ils ont subies, notamment les douleurs corporelles, les traumatismes mentaux et la privation des valeurs dans leur parcours de vie ont été examinés. Sur la base d’un total de 8 mois de travail sur le terrain et de 60 entretiens semi-directifs approfondis, cette étude multidisciplinaire qui mobilise des théories et des méthodes de divers domaines (y compris, mais sans s’y limiter : la sociologie du corps, l’histoire des mentalités, l’anthropologie médicale, les sciences politiques, la philosophie, la psychologie et la psychanalyse) analyse non seulement les revendications sur les plans spirituel et matériel des jeunes instruits exprimées à travers leur  narration de la douleur, mais elle révèle aussi plus en profondeur les racines sociales, historiques et politiques de la production de souffrance en Chine moderne et contemporaine.

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Thibault Bechini, lauréat du prix Mattei Dogan

« Des villes migrantes : Marseille, Buenos Aires. Construire et habiter les périphéries urbaines au temps des migrations italiennes (1860-1914) »

L'enquête porte sur l'urbanisation des quartiers périphériques de deux grands ports d'immigration entre les années 1860 et la Première Guerre mondiale : Marseille et Buenos Aires. Elle met en évidence la contribution des migrants italiens à la transformation des marges urbaines à travers l'analyse conjointe de leurs interventions comme habitants et comme professionnels de la construction. L'approche comparée permet d'observer l'inscription territoriale de la présence étrangère dans deux villes qui, au début des années 1870, accueillent les plus importants effectifs de population italienne hors d'Italie. Dans une optique transnationale, la thèse se montre attentive aux connexions entre les deux villes. C'est une histoire de la mondialisation au ras des pratiques de construction et des manières d'habiter qui est proposée, au plus près des choix économiques et techniques opérés par les acteurs – entrepreneurs et ouvriers du bâtiment, fabricants et marchands de matériaux, propriétaires et locataires.

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Kang Daehoon, lauréat du Fonds Louis Dumont

« Migrer, habiter et rêver sur une île. Migration néo-rurale vers l’île de Jeju, en Corée du Sud et transformation d’une communauté villageoise ».

Au sud de la péninsule coréenne se trouve une île d’origine volcanique nommée Jeju. Ma recherche porte sur la migration néo-rurale des péninsulaires vers cette île. Elle traite premièrement du paradoxe que représente cette migration qui, entreprise en tant que volonté de contestation de la modernité néolibérale, aboutit à l’expansion de cette même modernité sur l’île. Et deuxièmement, des conséquences, sur la réception de cette migration, de l’histoire politique et religieuse de l’île.  Pourquoi migre-t-on et que recherche-t-on à Jeju ? Comment le mode de vie des migrants et celui des locaux diffèrent-ils sur le plan économique, sociale et religieux ? Pendant que les migrants d’hier deviennent les « indigènes » d’aujourd’hui et que l’étranger d’aujourd’hui se mue en proche de demain, que se passe-t-il ? Dans quelle mesure la communauté villageoise et sa religiosité se transforment-elles néanmoins avec l’arrivée des nouveaux habitants ? Il s’agira de mettre en rapport différentes temporalités de la Corée du Sud : un pays confronté au paradoxe du « progrès » après une croissance économique miraculeuse favorisée par une politique anticommunisme héritée de la Guerre froide, mais aujourd’hui fortement remise en cause et conduisant à cette migration néo-rurale.

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Mis à jour le
21 octobre 2021
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