07 février 2012
L’innovation intensive : l’intensification du travail de conception ou l’intensité des modes de coopération ?

Séminaire du GRETS avec

Florence Osty

Chercheure au Lise (CNRS-CNAM), co-directrice de l’EM « Sociologie de l’entreprise et stratégie de changement » à Sciences Po Paris

Depuis une vingtaine d’années, l’avènement d’une nouvelle forme économique fait de la conception des produits et services la source principale de la valeur ajoutée. Cette "révolution de la conception" bouleverse les cadres temporels des marchés, des organisations et des activités de R&D, obligeant les entreprises à s’engager dans une course de vitesse, pour diminuer les délais de développement des produits et coller au plus près des tendances du marché. La réactivité et la flexibilité deviennent les maîtres mots des changements organisationnels et gestionnaires, permis par le développement des NTIC.

C’est ainsi que le foisonnement technologique condamne les organisations à une course sans fin à l’innovation et contre la montre, particulièrement dans le secteur de l’informatique et des télécommunications. Il repose sur une appropriation et un renouvellement extrêmement rapide des technologies à la pointe, faisant peser sur les entreprises du secteur des incertitudes stratégiques fortes concernant le choix, pourtant déterminant, de leurs technologies. Les modalités organisationnelles de cette stratégie de renouvellement rapide des produits et services sont connues (rapprochement des marchés, cycles itératifs des projets, développement de l’activité de R&D sous forme de réseaux, architecture matricielle). L’impensé réside dans le renouvellement des savoirs de conception, (car ceux-ci s’inscrivent dans la durée), et dans les modes de la coopération (d’autant plus critiques lorsque les équipes ne sont plus situées dans les mêmes espaces et sont affectées à différents projets) pour perdurer dans un environnement incertain. Cette présentation se centrera sur l’analyse comparative de deux monographies réalisées dans le secteur des télécommunications et de la micro-électronique et notamment sur le travail de conception. Les professionnels de la conception sont ainsi engagés dans une intensification de leur activité de développement de projet, où la fenêtre de marché représente une contrainte de maîtrise de la temporalité de l’innovation. En effet, le développement croissant de projets à effectifs constants suppose de rationaliser le processus d’innovation, par essence incertain quant à son déroulement. L’organisation par projet vient puiser dans les métiers les ressources nécessaires à son accomplissement et se heurte à l’affectation de ressources toujours limitées de main d’oeuvre à des projets aux besoins illimités. Les tensions induites par les nécessaires arbitrages entre projets ou au sein des métiers ne peuvent trouver de mode d’apaisement que s’il existe par ailleurs les conditions d’une réelle coopération au travail. L’intensité du travail de coopération comme modalité de l’intensification du travail de conception, repose sur la possibilité de liens de réseaux inter-personnels, tissés dans la durée et éprouvés dans différentes situations de projet. En réalité, la stabilité du lien social de coopération est un des supports de développement des activités de R&D….. Ce constat contre-intuitif vient ré-interpeller les politiques de mobilité accélérée, les changements incessants d’organisation ou d’outils de gestion, pour faire valoir l’efficacité d’un ordre social stabilisé et régulé dans ces nouvelles formes organisées dédiées à l’innovation intensive.

Bibliograhie de l’auteur :

  • F.Osty et G.Minguet, En quête d’innovation. Du projet au produit de haute technologie, Hermès Science, Lavoisier, 2008
  • F.Osty, R.Sainsaulieu et M.Uhalde, Les mondes sociaux de l’entreprise, La Découverte, 2007
  • F.Osty, Le désir de métier, Presses Universitaires de Rennes, 2003


Détails

Lieu : La Maison Suger
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