Histoire visuelle de la conquête du Turkestan par l'Empire russe (1860-1900)

Colloque international | 10-11 octobre 2022
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La Fondation Maison des sciences de l’homme apporte son soutien à l’organisation de manifestations portant sur des thématiques innovantes en sciences humaines et sociales (SHS) en France. Dans le cadre du programme Soutien aux manifestations scientifiques, Svetlana Gorshenina, lauréate de l'appel à candidatures 2022, organise un colloque international à l'Institut d’études slaves :

« Histoire visuelle de la conquête du Turkestan par l'Empire russe, 1860-1900 : témoignages, représentations, commémorations, décolonisation »


Argumentaire scientifique

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Le colloque sera consacré à l’analyse des représentations visuelles de la conquête du Turkestan par l’Empire russe au XIXe siècle. Ces représentations ont été constituées aussi bien par les témoins directs que par les générations soviétiques et post-soviétiques cherchant à les héroïser, mythifier, inscrire ou oublier dans diverses reconstructions historiques.

La conquête du Turkestan constitue l’un des sujets les plus problématiques de l’histoire moderne de l’Asie centrale. Depuis plusieurs décennies les débats engagés tant au niveau académique que politique tournent essentiellement autour du problème de la nature – coloniale ou non – de cet événement. Dans ce contexte, on voit se répéter les mêmes questions, à commencer par la pertinence de la terminologie utilisée (une « conquête » ou une « incorporation »), jusqu’aux interprétations contrastées du caractère de l’avancée russe vers l’Asie centrale (un « sort malheureux », de la « légitime défense » ou des « projets impérialistes ») et ses raisons – géopolitiques (opposition à l’Empire britannique) ou économiques (besoin de nouveaux marchés et d’un accès au coton du Turkestan). Les résultats de la présence russe dans la région sont également évalués de manière diamétralement opposée, soit comme un « emprisonnement des peuples du Turkestan », soit comme un « bien absolu » que l’empire russe aurait apporté en réussissant à y diffuser la « civilisation » européenne.

Cependant, un aspect important de cet événement reste plus qu’insuffisamment étudié, à savoir la composante visuelle de la conquête russe. Cette lacune contraste fortement avec l’histoire – empreinte d’une forte composante iconographique – des conquêtes coloniales lancées par les grandes puissances occidentales. Photographies, dessins, peintures, panoramas et sculptures monumentales font de nos jours partie des reconstitutions historiques, mais permettent également de parler de la manière dont les contemporains de ces événements ont perçu et imaginé les guerres coloniales. Or, dans cet éventail visuel, on peine à trouver un quelconque témoignage iconographique de la conquête du Turkestan russe.

Jusqu’à présent, les seules œuvres connues du grand public sont celles d’artistes comme Vasilij Vereščagin et Nikolaj Karazin, mais il n’existe aucune étude approfondie sur l’histoire visuelle de la conquête russe du Turkestan, qu’il s’agisse de productions de l’époque ou de leur réutilisation pendant les périodes soviétique et post-soviétique dans les contextes de propagande, mémorialisation, commémoration et muséification.

Cela soulève une question à double tranchant : pourquoi l’Empire russe a-t-il négligé cet aspect de son avancée en Asie centrale ? Ou bien comment le régime soviétique a-t-il réussi à effacer complètement, à quelques exceptions près, la composante visuelle de la conquête du Turkestan par l’armée du tsar ?

En abordant cette question complexe, nous aimerions, d’une part, comprendre comment la politique visuelle de l’élite militaire de l’Empire russe a été construite pendant la conquête, à savoir ce qui était autorisé à être représenté et ce qui ne l’était pas ; quelles techniques ont été privilégiées par les artistes (dessin, photographie, gravure) ; comment ces œuvres de nature différente étaient corrélées les unes aux autres et aux textes qui les accompagnaient ; quel public a été visé par la politique de visualisation de la conquête russe ; comment les pratiques de propagande et de commémoration s’y sont imbriquées. D’autre part, nous serions intéressés par l’analyse de la manière dont la conquête a été reconstruite pendant les périodes soviétique et post-soviétique, tant au niveau des illustrations dans des récits historiques sans cesse modifiés, que dans les pratiques muséales et d’exposition.

Ce colloque a été précédé par deux séminaires en ligne, « Karazine Day » et « Vereshchagin Day ».

Questions

  • Comment oublie-t-on des faits historiques ?
  • Comment se souvient-on des faits et des personnages ?
  • Comment et dans quel but certains épisodes de la conquête ont-ils été montrés/exposés ?
  • Comment les images du XIXe siècle ont-elles été héroïsées/mythifiées/inscrites ou non dans
  • les reconstructions historiques du XXe siècle ?

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© Archives de Svetlana Gorshenina

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Publié le 10 octobre 2022