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Usted & la FMSH

:: Julie Doyon

Julie Doyon , Lauréate du prix Herman Diederiks 2010

Julie Doyon a obtenu le prix Herman Diederiks 2010 pour son article « Les enjeux médico-judiciaires de la folie parricide au XVIIIe » paru dans Crime, Histoire & Sociétés/Crime, History & Societies  (2011, 15, 1, pp. 5628). Elle a accepté de répondre à quelques questions relatives à son parcours et ses travaux.

 

Quelle a été votre carrière jusqu’ici , où en êtes-vous actuellement et quelles sont vos perspectives ?

Mon parcours est assez atypique car je ne me destinais pas à l’enseignement et à la recherche. Après une maîtrise en histoire contemporaine, j’ai ressenti le besoin d’entrer dans la vie active. J’ai travaillé deux ans dans l’édition. Le goût des études m’a repris et j’ai présenté les concours de l’enseignement. Agrégée d’Histoire, j’ai enseigné dans des lycées de région parisienne. Parallèlement, j’ai collaboré à la revue L’Histoire, notamment en réalisant des entretiens. J’ai aussi été scénariste grâce à un ami Franck Philippon… Nous avons été lauréats du Prix de la Fiction Française de Saint-Tropez en 2000 ! J’ai fini par mettre un terme à mon caméléonisme professionnel en présentant un DEA sur la criminalité familiale au XVIIIe siècle sous la direction de Robert Muchembled et en me lançant dans une thèse. J’ai alors été nommée chargée de cours, puis ATER et PRAG à l’université de Paris-13-Nord. En 2011, j’ai également eu l’occasion d’enseigner comme assistante en Histoire moderne à l’université de Genève.

Comment avez-vous été amenée à travailler sur le thème de l'article qui a obtenu le prix ? 

Mes recherches portent sur les relations entre le modèle familial du pouvoir et l’État justicier sous les rois absolus. Au hasard de la documentation judiciaire que je dépouille (les minutes d’instruction criminelle du parlement de Paris, les registres d’écrous de la Conciergerie), le cas de la folie meurtrière m’a vivement frappé. La reconnaissance juridique de la folie implique la possible excuse du crime commis en état de démence. Avant même que l’irresponsabilité criminelle – le terme n’apparaît pas avant les années 1780 – ne soit légalisée par le code pénal de 1810, le principe juridique de la mitigation ou de l’extinction de la peine en cas de folie était donc pensé. Le traitement pénal de la folie parricide est toutefois spécifique. Le crime est en effet « atroce », proche du régicide en vertu de la rhétorique paternelle du pouvoir royal. Or le régicide est inexcusable et irrémissible, même en cas de folie. Les magistrats du parlement de Paris qui jugent et punissent les fous parricides sont donc confrontés au dilemme juridique suivant : est-ce l’atrocité du crime visant l’autorité paternelle ou la personnalité du criminel qui doit primer ? Cet article rompt avec la tradition positiviste faisant de la Révolution juridique de 1789 l’origine exclusive de la modernité pénale à venir. La justice arbitraire d’Ancien Régime est en effet le creuset de solutions pénales légalisées par les codes de 1791 et 1810. Avec cet article j’ai également voulu montrer les relations dialectiques qui se nouent entre la doctrine et la jurisprudence : elles pointent le dialogue à établir entre la science du droit, la science du politique et l’art d’interpréter les lois dans l’arbitraire du pouvoir de juger à l’époque moderne.

A quoi travaillez-vous actuellement ? Dans quelle direction pensez-vous vous diriger à l'avenir ?

Mon premier projet, à court terme, va consister à faire fructifier le Prix d’Histoire de la Justice Criminelle Hermann Diedericks que la revue Crime, Histoire et Sociétés et l’IAHCCJ ont eu la générosité de m’allouer. Je profite de ces lignes pour remercier le comité de rédaction de la revue qui contribue au renouvellement de l’histoire du pénal ainsi qu’au soutien de la relève académique. Avec le laboratoire du CRESC et mes collègues antiquistes et modernistes de l’université de Paris-13-Nord (Sabine Armani et Thierry Rentet), nous organisons une journée d’études (« Familles(s) et pouvoir(s). Époque romaine, période moderne : regards croisés ») qui se tiendra à l’université de Paris-13 le 16 novembre 2012. À moyen terme, je souhaite approfondir mes recherches sur la dimension juridique de la culture pénale européenne. J’aimerais me consacrer à l’édition critique d’un traité  à ce jour inédit sur le crime de parricide d’après la jurisprudence romaine.