Réseau européen de recherche interdisciplinaire sur le statut de l'étranger
Le statut de l'étranger varie considérablement selon les sociétés. L'anthropologie qui peut, de droit, analyser un nombre de modèles forts contrastés s'est, pour l'instant, tenue à l'écart de ce débat pourtant abondamment nourri dans les autres disciplines des sciences sociales (histoire, sociologie, didactique, sciences politiques, etc.). Le présent projet, en cours depuis quelques années, vise donc à fertiliser la discussion pluridisciplinaire en interrogeant à partir de modèles dégagés par l'anthropologie les autres disciplines des sciences sociales à propos de cette question.
Dans différentes sociétés, y compris les sociétés occidentales, où les différents domaines, parenté politique, religion, économie, etc. sont distingués, l'idéologie globale s'oriente vers le fait d'éliminer « la partie étrangère » de l'étranger ou pour le moins, de la cantonner dans certains domaines limités. Ce fait est sous-jacent à la fois aux politiques d'intégration et d'assimilation, en laissant de côté pour l'instant les nouvelles idéologies qui plaident pour la conservation de la différence, mais qui n'ont jamais été mises en œuvre.
Dans d'autres sociétés, disons provisoirement, celles où les différents domaines ne sont pas distingués et qui se concentrent de ce fait autour de faits sociaux totaux, c'est le contraire. L'objectif est ici de préserver la partie étrangère de certaines personnes ou de certains éléments, bien que celle-ci ait tendance à disparaître au rythme des interactions sociales. Tout se passe donc comme si cette partie d'étrangeté était indispensable à ces sociétés pour construire les relations visant leur reproduction dans le temps.
Un programme en quatre volets
Ce projet demande un important travail pluridisciplinaire. C'est à cette fin que nous avons entrepris de collaborer avec plusieurs spécialistes d'autres disciplines des sciences sociales en vue de l'élaboration du programme présenté ci-dessous, où quatre volets abordent le thème selon des approches propres :
1. Etude comparative de la notion d'étranger : les sociétés qui exigent l'étranger (sous la responsabilité d'André Iteanu, Stephen Headley, Cécile Barraud, Jos Platenkamp et Jarich Oosten)
2. La notion d'étranger à travers l'étude de la scolarisation des enfants issus de minorités culturelles et des relations entre les institutions scolaires et ces minorités, par l'analyse du langage ordinaire, de son apprentissage et de ses usages effectifs (sous la responsabilité d'Alain Pierrot)
3. Le statut de l'étranger dans les sociétés d'Europe occidentale et orientale appartenant ou ayant appartenu à des unités politiques de diverses formes (anciennes puissances impériales russe, ottomane et française et désormais postcoloniales ou petites régions transfrontalières ou insulaires situées entre différents pays) (sous la responsabilité de Wanda Dressler)
4. Explorer la polysémie et la polyphonie du patrimoine tangible et intangible et sa relation à la diversité culturelle et religieuse (sous la responsabilité de Saphinaz-Amal Naguib)
En outre, depuis février 2007, le réseau participe au programme Eurosphère de la Commission européenne qui rassemble 17 universités et instituts de recherche européens et mobilise des disciplines aussi diverses que les sciences politiques, l’ethnologie, la sociologie, la psychologie et l’histoire autour de la construction d’une sphère publique européenne ouverte à la diversité.





