La Fondation Maison des sciences de l’homme a été conçue au début des années 1960 par Gaston Berger sur une proposition de Fernand Braudel.
Elle a eu neuf membres fondateurs : André Aymard, Marcel Bataillon, Fernand Braudel, Julien Cain, Jacques Chapsal, Gabriel Le Bras, Charles Morazé, Pierre Renouvin et Jean Sarrailh.
Une vision d'avant-garde
Gaston Berger, alors directeur de l’Enseignement supérieur, venait de succéder à Lucien Febvre à la présidence de la dynamique VIe Section de l’École pratique des hautes études (EPHE), section des sciences humaines et sociales alors en pleine expansion, mais dont les centres étaient disséminés dans tout Paris.
Sur proposition de Fernand Braudel, Gaston Berger a réuni les responsables des grandes institutions scientifiques françaises afin de créer un lieu destiné aux SHS, où différentes institutions pourraient installer, côte à côte, leurs centres de recherche en sciences humaines et sociales. L’objectif était de pouvoir disposer d'un cadre institutionnel très souple, qui permettrait à chacun de conserver son indépendance, condition de toute créativité intellectuelle.
Un pari était fait sur leur rapprochement, qui devenait une condition du dialogue entre chercheurs spécialistes de différentes disciplines et de différentes aires culturelles.
A cette institution originale il fallait un statut original, combinant la souplesse de fonctionnement dans la gouvernance et le rattachement au ministère de l’Éducation nationale.
L’association loi de 1901, créée par les membres fondateurs en 1962, fut rapidement transformée (décret du 4 janvier 1963, modifié par décrets des 19 juillet 1966 et 23 février 1973) en fondation reconnue d’utilité publique, un statut qu’elle partage avec la Fondation nationale des sciences politiques (FNSP) qui a servi de modèle pour sa création.
A partir de 1968, la FMSH s'est installée dans l'immeuble dénommé "Maison des sciences de l'homme" au 54 boulevard Raspail, à l'emplacement de la prison militaire du Cherche-Midi. Sa construction même fut l'occasion d'avancées spectaculaires dans les techniques du bâtiment.Elle partage aujourd'hui l'immeuble avec l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS).
Les administrateurs
- Fernand Braudel a dirigé la FMSH jusqu’à sa disparition en 1985.
- Clemens Heller, qui l’avait assisté tout au long de cette entreprise, lui a succédé (1985-1992) et a poursuivi la même politique [voir les témoignages].
- Maurice Aymard (1992-2005), élève de Fernand Braudel et directeur d'études à l'EHESS, a particulièrement développé l'international [voir la vidéo].
- Alain d'Iribarne (2005-2009), a gardé l'esprit de "modernité" de la Fondation tout en l'accompagnant dans ce temps charnière pour la recherche en SHS [voir la vidéo]
- Michel Wieviorka, depuis juillet 2009,
Une "grammaire des cultures"
Interdisciplinaire par vocation et dès ses origines, la FMSH s'est employée à servir de lieu d’expérimentation et de mise au point des idées, des théories nouvelles et des formes d'organisation.
De même, le projet de Fernand Braudel étant de décliner une "grammaire des cultures", la FMSH a été dès l'origine ouverte à l'ensemble du monde. Elle s'est progressivement internationalisée au cours des deux dernières décennies. Cette internationalisation a commencé par l’Europe : alors même que l’Union européenne devenait une réalité scientifique, la chute du mur de Berlin a fait de la réunification intellectuelle de l’Europe à la fois une possibilité, une nécessité et une chance pour la recherche.
Dans le contexte de la mondialisation, et à l'instar de ses échanges constants et féconds avec l'Amérique du Nord (Etats-Unis et Canada), la FMSH a aussi été conduite à tresser des liens et à construire des réseaux avec l’Amérique latine, la rive sud de la Méditerranée, l’Afrique subsaharienne et l’Asie (Inde , Chine et Japon notamment), dont le poids ne cesse de grandir.
Un rôle d'incubateur dans l'innovation
Aujourd'hui, la place de la Fondation Maison des sciences de l’homme dans le dispositif français de la recherche continue à être originale, et ses choix font d'elle un lieu de rencontres et d’échanges intellectuels particulièrement stimulant [vidéo d'Eric Godelier].
Du fait de son statut spécifique, voulu par les fondateurs, son rôle est d'innover. Comme au temps de sa création, la FMSH accueille les problématiques nouvelles qui ne trouvent pas place dans les institutions universitaires ou de recherche plus traditionnelles.
Dans cette perspective, la FMSH a toujours su apporter son concours aux diverses institutions d'accueil et de mobilité dans le monde, ses partenaires naturels, avec lesquelles elle a toujours coopéré : l'EHESS, le CNRS, la FNSP, mais aussi les fondations étrangères, ainsi que toutes les universités françaises et étrangères.
Elle a ainsi été amenée à constituer, en coordination avec l'ENS lettres et sciences humaines (Lyon), l'université de Provence (Aix-Marseille 1), la Maison des sciences de l'homme Ange Guépin et le CNRS, une fondation de coopération scientifique, support du Réseau français des instituts d'études avancées (réseau thématique de recherche avancée). Dans ce cadre, elle est le chef de file de l'Institut d'études avancées Paris/Ile-de-France créé en partenariat avec l'EHESS et l'ENS de Paris.
Enfin, elle a participé à la création du groupement d'intérêt scientifique constitutif du Réseau national des MSH. Celui-ci est constitué par les vingt-deux "maisons des sciences de l'homme", qui ont été créées, ces dernières années, dans les principales villes universitaires françaises.





