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Actualités

:: Livre du mois - 10/09

SIMARD Augustin, La loi désarmée. Carl Schmitt et la controverse légalité / légitimité sous Weimar, Editions de la MSH, septembre 2009

Au microphone: Dr. Walter Benjamin. Walter Benjamin et la création radiophonique. 1929-1933
Philippe Baudouin, Editions de la MSH, octobre 2009
(CD inclus)

L’œuvre de Walter Benjamin connaît depuis sa mort en 1940 un engouement dont témoigne un nombre croissant d’ouvrages consacrés à l’une des pensées les plus complexes du XXe siècle. Malgré cette exceptionnelle fortune critique, l’étude de Philippe Baudouin offre une lecture originale de la trajectoire intellectuelle de l’auteur en s’attachant à l’une de ses activités les moins connues : sa collaboration au programme de la radio allemande entre 1929 et 1933. Cet épisode de la vie de Benjamin n’est pas seulement anecdotique. Alors qu’il réalise ses émissions littéraires et ses contes radiophoniques pour enfants, naît chez le philosophe une passionnante réflexion sur le sens du nouveau medium à la lumière de la crise culturelle et politique du monde moderne.

Loin d’être marginale, l’expérience radiophonique de Benjamin plonge donc au cœur de sa pensée. Elle lui permet d’abord de franchir la frontière qui sépare deux mondes généralement distincts - philosophie et media - et de favoriser cette ouverture du champ philosophique qui sera la caractéristique de son œuvre, sinon de la modernité. Par ailleurs, la radio permet à Benjamin de réaliser un projet d’éducation populaire inspiré par les thèses marxistes et surtout par l’esthétique de Brecht. Au lieu de la considérer comme un instrument de divertissement, il voit en elle un medium dont l’impact sur  la conscience populaire pourrait être comparable et même supérieur à celui du théâtre, à l’instar des tragédies grecques pendant l’Antiquité classique.

Mais pour Benjamin la pratique radiophonique est avant tout une expérience artistique au sens le plus large. Philippe Baudouin insiste avec raison sur le lien entre cette expérience et les grands thèmes de la pensée de l’auteur. Au lieu de considérer le medium radiophonique comme une forme appauvrie de la création artistique, Benjamin voit en lui l’amorce d’une nouvelle perception du réel, comme le cinéma et la photographie, capable de renouveler les paradigmes de la représentation. L’approche benjaminienne de la radio ne peut donc être séparée de son approche globale de l’œuvre d’art où les notions d’ aura  et de  reproductibilité  occupent une place centrale.

L’expérience de Benjamin culmine avec  la création de ses contes radiophoniques pour la jeunesse. Ces contes représentent une tentative de réhabilitation de la narration traditionnelle dont il constate le déclin dans ses essais théoriques. L’impossibilité de raconter et de partager ses expériences est l’une des manifestations les plus évidentes de la perte de l’aura. En créant ses contes pour enfants, Walter Benjamin tente avec enthousiasme de retrouver la magie de la rencontre entre le narrateur et son public où se reflète de manière allégorique la condition de l’homme.

Quelque temps plus tard, en 1933, l’arrivée au pouvoir du national-socialisme coïncide avec les dernières émissions de Walter Benjamin. À partir de cette date, la radio ne sera plus qu’un instrument de propagande  politique aux mains d’un seul homme et  l’utopie de Benjamin se retrouve rapidement aux oubliettes de l’histoire.


Philippe Derivière