Penser le comportement animal
Sous la direction de Florence Burgat, Editions de la MSH, mars 2010
C’est un signe du temps qu’un certain nombre de livres de philosophie, de science et de sciences-humaines se penche aujourd’hui sur la question de l’animalité. Non que cette question soit nouvelle, bien au contraire, mais elle semble avoir été longtemps ignorée au profit du primat métaphysique de l’homme au cours de l’histoire. Maintenant que l’âge d’or de l’humanisme et du scientisme est révolu, il semble que l’animal acquiert un statut nouveau pour la pensée, suscitant une réflexion souvent passionnée.
Penser le comportement animal est l’un de ces livres qui plongent au cœur de la question. Réunissant philosophes, scientifiques et juristes, l’ouvrage s’attache à une réflexion sur l’animal à travers le prisme de son comportement. Remarquons que la notion de comportement est préférée à celle de l’essence ou de l’être de l’animal qui relèverait d’un choix ontologique discutable. Il reste que le terme de comportement est lui-même ambigu. Héritier d’une longue tradition positiviste, permet-il de comprendre l’animal dans la plénitude de sa liberté ? Il convient donc de développer une approche élargie et nuancée de ce concept souvent entaché de réductionnisme. D’où le sous-titre de l’ouvrage : contribution à une critique du réductionnisme.
Il est vrai que le positivisme empêche toute compréhension de l’animal, réduit à un objet de connaissance et de domination. Sous couvert de neutralité scientifique, il perpétue le primat de l’homme sur la bête, même à travers les variantes subtiles de l’anthropomorphisme. La question se pose donc en ces termes : comment penser le comportement animal ? Il s’agit là d’un défi pour l’homme confronté, face à son prochain, à ses limites conceptuelles. On retiendra de l’ouvrage que l’animal possède désormais le statut d’un sujet dans l’ordre des vivants. Dans cette perspective, par exemple, Thomas Droulez propose la notion d’émergence de la conscience. Capable d’anticipation et d’invention, l’animal possède bien une certaine conscience de soi. Proche de l’homme, loin du végétal, il occupe une place singulière. De même, Enrique Utria rappelle que, conscient de son environnement, l’animal est "sujet-d’une-vie". De ce concept peut découler un droit des animaux à l’instar du droit des humains. Enfin, la phénoménologue apporte une contribution essentielle à la compréhension de l’animal. Présent au monde, doté d’une sensibilité, ce dernier existe au sens plein du terme, bien qu’il s’agisse d’une "autre existence" que celle de l’homme. Voilà qui rappelle une longue tradition de philosophes et poètes qui, opposés au rationalisme, accordait à la bête le don de voir le monde sous un jour nouveau.
Somme interdisciplinaire, Penser le comportement animal rassemble les meilleurs spécialistes actuels de la philosophie et de la psychologie de l’animal, dont Georges Thinès, Elisabeth de Fontenay, Florence Burgat et Françoise Armengaud.
Philippe Derivière






