Vous êtes ici : Accueil > Actualités > Publications

  • Cliquez ici pour utiliser une taille de police normale
  • Cliquez ici pour agrandir les caractères (grande police)
  • Cliquez ici pour agrandir les caractères (très grande police)
  • Envoyer cette page par email
  • Version imprimable, nouvelle fenêtre
Actualités

:: Le livre du mois : A l'oeuvre

 

À l’œuvre

La théologie de l’image de Caspar David Friedrich


Johannes Grave
Éditions de la MSH, septembre 2011.
Pour en savoir plus ou commander l'ouvrage.

Figure de la peinture romantique allemande, Caspar David Friedrich (1774-1840) est souvent considéré comme un lointain précurseur de l’art moderne, annonçant dans son oeuvre une époque affranchie des modèles classiques de la figuration. Personne ne contestera que ses tableaux témoignent d’une démarche qui l’éloigne aussi bien de la peinture classique que de l’iconographie religieuse. Mais est-il pour autant un précurseur ? C’est un point de vue différent que propose l’étude de Johannes Grave récemment parue aux éditions de la FMSH. Profondément impliqué dans le débat spirituel de son époque, Friedrich apparaît comme un esprit inquiet dont la recherche artistique n’est jamais étrangère aux questions religieuses, C’est du moins ce que suggère une lecture attentive de ses œuvres, depuis ses premiers portraits jusqu’aux tableaux de la maturité comme Lever de lune sur la mer ou En Voilier.

Au regard de l’essayste, chacun de ces tableaux exprime une vision de la foi,  une théologie de l’image qui est au  cœur de la recherche du peintre. Ce dernier terme exprime bien toute le paradoxe d’un art religieux : le divin est à la fois ce qui se montre et ce qui se cache. Habité par une réticence toute protestante à l’égard de l’image, Friedrich s’efforce d’exprimer la figure d’un Dieu à la fois présent et absent, matériel et immatériel, dont l’essence tient entièrement dans cette ambigüité. Il ne s’agit donc pas de représenter la foi de manière  iconique, à l’instar de l’art religieux traditionnel, mais plutôt de montrer par l’image la dimension irreprésentable du religieux. L’impact de l’œuvre de Friedrich s’explique par cette esthétique suggérant que le divin ne se dévoile que dans une perspective qui n’est jamais absolue, ouverte à l’indécision du regard et à l’incertitude de la foi.
Quel genre pouvait mieux se prêter à cette approche que la peinture de paysage ? Si les paysages de Friedrich - aube, crépuscule, plaine ou montagne -  s’éloignent d’une représentation apologétique de la nature, ils ne sont pas de simples images qui annonceraient les procédés de l’art moderne.  Les meilleures pages de l’étude de Johannes Graves s’attachent à une définition de cette théologie de l’image propre au peintre, en insistant notamment sur le rôle du spectateur dans la construction même du tableau : c’est toujours pour spectateur que se dévoile le mystère de l’image. Dans cette perspective, l’art de Friedrich apparaît comme l’expression la plus accomplie  de la sacralisation de la nature chère au romantisme allemand. Comme Novalis ou Schelling, Friedrich cherchait dans le fini l’expression de l’infini, dans le profane l’expression du sacré. Homme de foi, peintre inspiré, Caspar David Friedrich apparaît comme un esprit de son temps dont la recherche picturale se situe à la charnière de l’histoire, entre l’ancien monde et la prochaine modernité.

Ph. D.

Pour en savoir plus ou commander l'ouvrage.