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Actualités

:: Colloque Penser global

Colloque international – 16 et 17 mai  2013

Avec le colloque Penser global, la FMSH prouve qu’elle joue un rôle central dans la relance et l’internationalisation des sciences de l’homme, tout en favorisant  l’émergence d’une recherche créative.

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Argument, par Michel Wieviorka


En 1963, au moment de la création de la FMSH, les sciences humaines et sociales – les SHS – étaient, sans qu’on le sache, à l’apogée de leur âge classique.

Nées dans le sillage des Lumières, dans une période où la modernité s’incarnait, non sans tensions, dans un monde occidental hégémonique, elles s’étaient développées comme un ensemble de modes d’approche réflexifs et critiques. Elles étaient le plus souvent associées à l’élaboration de grands récits nationaux au travers desquels, avec toutes sortes de variantes, était pensée l’évolution de l’humanité.
La France, sans doute à cause de la place centrale qu’elle eut dans l’histoire intellectuelle et politique européenne comme dans l’histoire des colonisations ultra-marines, avait pris largement sa part à ce développement, et à bien des égards, Paris apparaissait comme un centre mondial. De grands débats agitaient les SHS, souvent en phase avec la vie sociale, politique et géopolitique des sociétés où elles étaient implantées : sur les rapports et les conflits sociaux des sociétés industrielles, sur le colonialisme et la décolonisation, le Tiers Monde, la dépendance, le développement, sur la Guerre froide, les idéologies, le capitalisme et le socialisme, etc.

Depuis, tout a changé. Les SHS se sont comme déterritorialisées, étendues au monde entier, y compris au sein des sociétés anciennement colonisées. La plupart des paradigmes dominants à l’ère classique, et l’éventuel projet de les intégrer dans une vaste synthèse, comme avec Talcott Parsons, ont perdu de leur importance, d’autres, nouveaux ou renouvelés, se sont imposés, plus ou moins durablement : les SHS ont appris à « penser autrement », comme le dit Alain Touraine, elles se sont transformées sur le fond en même temps qu’elles conquéraient le monde entier et qu’elles intéressaient des étudiants et mobilisaient des chercheurs et des enseignants sans cesse plus nombreux. Leurs modes d’approche ont changé, leurs objets et leurs préoccupations aussi.

Mais, du fait même de son expansion ou de son appropriation hors des lieux où elle s’est édifiée et réfléchie, par l’accélération récente des processus de globalisation qu’ont autorisées aussi bien la fin de la Guerre froide (et par là même l’échec des modèles communistes) que les nouvelles technologies de l’information et de la communication, la modernité s’est en quelque sorte désoccidentalisée, ce qui rend légitimes des interrogations et des critiques relatives à son universalité. Les uns ont proposé des versions nationales ou régionales des SHS prétendant rompre complètement avec l’hégémonie occidentale, d’autres, comme Schmuel Eisenstadt, ont proposé de parler de « multiple modernities », et tout au moins de rompre avec l’évolutionnisme et l’idée de « one best way ». Les SHS ont appris à prendre en compte ces nouveaux développements, ces visions hier excentrées, et relevant aujourd’hui d’un monde multipolaire, ces récits non occidentaux, et elles s’interrogent sur la nécessité de prendre leur parti, à l’encontre du « nationalisme méthodologique », de l’incontournable “condition cosmopolite” dont parle Ulrich Beck.

La FMSH, au fil d’une histoire vieille d’un demi-siècle, n’a pas seulement reflété très largement cette évolution des choses, elle y a aussi joué un rôle actif. Créée en pleine Guerre froide, à une époque où la France était un haut lieu de production en SHS, et pas seulement au travers de paradigmes scientifiques et de critiques sociales se réclamant du marxisme, elle a constamment constitué, aux côtés de l’EHESS, un pôle particulièrement attractif pour des chercheurs du monde entier, à commencer par ceux des pays de l’Est ou de ce que l’on appelait encore le Tiers Monde. Historiens, sociologues, anthropologues, philosophes soviétiques, indiens, sud-américains, maghrébins, sub-sahariens, etc., ont fréquenté ainsi la Fondation et tout ce qu’elle offrait comme voisinages intellectuels et comme réseaux de compagnonnages.

Ce colloque sera l’occasion de rappeler la manière dont, pendant plusieurs décennies, la Fondation, pour de nombreux collègues étrangers comme français, a été un lieu de production, de diffusion, de valorisation et d’appropriation des SHS, un lieu international, pluridisciplinaire, un lieu, aussi, transcendant les obstacles politiques et géopolitiques qui pouvaient entraver les échanges scientifiques, en particulier entre l’Ouest et l’Est. Ce sera surtout une rencontre tournée vers l’avenir.

Il examinera en effet comment le renouvellement des objets et des problématiques des SHS, tout en s’inspirant parfois d’une certaine « théorie française », autrement appelée post-structuraliste ou néo-structuraliste, est venu depuis une vingtaine d’années d’autres lieux que la scène hexagonale, au travers des recherches en « subaltern », « gender » et autres « post-colonial studies », à partir des travaux d’histoire globale, ou bien encore des débats sur le cosmopolitisme, le multiculturalisme, le sécularisme, le transnationalisme par exemple, ou sur la justice sociale, l’exclusion, la pauvreté.

Quels sont les paradigmes les plus pertinents aujourd’hui pour penser le monde, articuler des connaissances précises, limitées et des réflexions générales, produire le grand écart entre la nécessité de « penser global » et celle de prendre en compte les acteurs, individuels et collectifs, avec leur subjectivité ? Quels thèmes, quelles questions, quels enjeux les SHS devraient-elles privilégier ? Quelle place peuvent-elles occuper dans la vie de la Cité, dans l’espace public ? Quelles relations peuvent-elles entretenir entre elles, et avec d’autres disciplines du savoir, avec des acteurs politiques, associatifs, professionnels, ou autres ?

Michel Wieviorka, Administrateur de la FMSH

Pour en savoir plus : http://penserglobal.hypotheses.org