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Research

:: Sahara de tous les enjeux - résumés

Sahara de tous les enjeux. Géopolitique, sécurité et développement

Le programme « Nouveaux enjeux dans l'espace saharo-sahélien » (NESS), sous la responsabilité d'André Bourgeot, a tenu deux journées d'études (JE NESS) les 13 et 14 décembre 2011.

Le programme de ces journées est disponible ici : Sahare de tous les enjeux - programme.

Un compte-rendu général est disponible : Sahara de tous les enjeux - Compte-rendu.

On trouvera ici les résumés des contributions, selon les quatre thématiques suivantes :

  • L'état des États et pouvoirs émergents

  • Ressources extractives, compétitions et trafics illicites

  • Migrations et terrorisme

  • La guerre civile en Libye et les conséquences régionales de l'effondrement du régime

 

 

L'état des États et pouvoirs émergents

Le Nord du Mali : un espace d’anomie?

Dans une première partie, ce papier critique des notions négatives avec lesquelles on a l’habitude de qualifier des espaces mouvementés tels que le Nord du Mali. Des termes comme «  ungoverned space », no-man’s land », « absence de l’état », ou « hors la loi », relèvent d’une vision centriste de l’état, conduisant nécessairement à une perspective déficitaire, qui évalue le champ politique à l’aune de l’état Weberien. Théoriquement, cette vision renvoie à une notion restreinte du politique que l’anthropologie a depuis longtemps dépassée. Afin de mieux saisir les configurations politiques comme celles que connaît le Nord du Mali, nous discuterons le concept d’hétérarchie qui reflète aussi bien la distribution oscillante du pouvoir que l’articulation fluctuante des acteurs étatiques et non-étatiques.
Dans une deuxième partie, ce papier tentera de démontrer qu’au Nord, l’état du Mali n’est ni absent, ni faible, mais qu’il y est confronté à des concurrents locaux et sous-régionaux particulièrement puissants. Il différenciera ensuite des groupes d’acteurs, leurs possibilités de reproduction matérielle et politiques respectives, ainsi que les différents modes de légitimité y référant.
Georg Klüte, Université de Bayreuth (Allemagne)  georg.klute@uni-bayreuth.de

L’émergence de la Chine en terre nigérienne : perceptions et enjeux

Au cours des dernières années, la Chine s'est clairement imposée sur la scène économique et politique du Niger comme un partenaire incontournable. Dans le domaine énergétique, dans la construction d'infrastructures et le financement de projets dits de développement, la Chine a effectué une percée remarquable malgré le contexte politique tumultueux d'un des pays les plus pauvres du continent africain. C'est tout particulièrement en acquérant plusieurs permis miniers (uranium) et pétroliers que l'Empire du Milieu est venu casser le monopole sur l'uranium nigérien dont le géant français AREVA jouissait depuis les débuts de l'exploitation. De plus, elle a répondu favorablement aux demandes de l'ancien président Tanja, entre temps déchu du pouvoir par un coup d'Etat, de construire la première raffinerie de pétrole du Niger. L'or noir est attendu à la fin de l'année et entretient de nombreux espoirs dans un pays totalement dépourvu d'un tissu industriel. Dans ce climat de forte concurrence et d'instabilité politique chronique, l'arrivée de la Chine semble mener à une nouvelle donne géopolitique dans le pays.
La communication propose une enquête sur la perception de l'engagement chinois au Niger, reposant sur de nombreux entretiens menés entre Mai et Septembre 2010 auprès de cadres, chefs d'entreprise, journalistes et fonctionnaires nigériens et chinois à Niamey et Zinder. Il s'agit de s'intéresser aux équilibres et aux luttes de pouvoir géostratégiques à l'oeuvre dans un pays devenu en quelques années, un enjeu stratégique dans la course au nucléaire. Dans quelle mesure la Chine change-t-elle la donne et comment l'Etat nigérien s'empare-t-il de cette nouvelle opportunité ? La communication présente se penche sur l'arrivée de la Chine sur la scène nigérienne en donnant la parole aux acteurs de la coopération sino-nigérienne tout en analysant le contexte géopolitique.
Marine de Haas, Anthropologue (France)  marine.dehaas@gmail.com

La fin d’un épisode guerrier ? Les retours difficiles des rebelles tchadiens

Depuis la signature de l’accord du 15 janvier 2010, le Tchad et le Soudan semble avoir mis fin à la guerre par procuration qu’ils se livraient depuis 2005. Si les rébellions tchadiennes, privées de leur principal soutien, ne sont plus une menace pour N’djamena, il reste urgent de penser les ressorts internes de la crise. Cette communication propose de réfléchir aux caractéristiques structurelles des conflits et de la violence au Tchad. En revenant sur l’histoire des luttes factionnelles et des accords de paix, il sera montré comment les négociations sont devenues un moyen de continuer la guerre plutôt que d’y mettre fin. On s’in ensuite aux difficiles retours à la légalité des rebelles démobilisés.
En conclusion, on aboutira à la situation du Tchad comme une alternance de moments de guerre et d’entre-guerres.
Marielle Debos, Université Paris Ouest Nanterre La Défense ,  Institut des Sciences Sociales du Politique  mdebos@u-paris10.fr

Quelle hégémonie algérienne après le "Printemps arabe" ? 

L'Algérie semble être la puissance hégémonique au Maghreb et au Sahel dans la mesure où elle dispose de ressources énergétiques stratégiques, d’une position privilégiée dans la lutte antiterroriste et d’un rôle important dans la répression des migrants irréguliers au Sahara et en Méditerranée. Ses imposantes ressources financières – 170 Mds de dollars en 2011 – lui garantissent en outre une indépendance certaine dans ses politiques intérieure comme extérieure. En apparence univoque, cette situation doit faire face à de nombreux défis, exacerbés par les conséquences politiques et géopolitiques des révoltes arabes du premier semestre 2011. Aux rivalités régionales anciennes et aux alliances incertaines au Sahel s’ajoutent désormais, des acteurs extrarégionaux de plus en plus investis, notamment en Libye, et un espace politique proche en recomposition. Enfin, la contestation sociale et politique en Algérie même, et les timides réformes en cours, minent la puissance algérienne de l’intérieur. Cette communication cherche à mettre en évidence les atouts et les limites de la mise en œuvre de la politique régionale algérienne dans le contexte régional suivant le ‘Printemps arabe’ à partir de la définition néogramscienne de l’hégémonie de Robert Cox.
Salim Chena, EHESS-CESPRA, Revue en ligne Dynamiques internationales  salim.chena@neuf.fr

Politiques et Etats dans les septentrions malien et nigérien : 1962 - 2011

La communication s'appuiera sur une approche comparative qui visera à cerner et à analyser les situations politico-économiques relativement identiques mais aussi sensiblement différentes. Pour ce faire, sur la base d'un support écologique commun et homogène, à de rares exceptions prêt, sur lequel évoluent des sociétés pastorales et agropastorales touarègues, arabes et arabo-berbères, quatre événements majeurs seront appréhendés dans une perspective historico-anthropologique :
- le poids des révoltes et rébellions armées touarègue 1963-1964 (pour le Mali), 1990-1995 (97) pour le Mali et le  Niger, et 2006-2008 (id.) et leurs traitements par les Etats concernés.
- les industries extractives (pétrole, uranium, gaz) et les compétitions pour leur contrôle : assiste-t-on à des recompositions  des zones d'influence dans des contextes d'espace de non droit?
- l'influence de l'Aqmi : pratiques et insertion dans les milieux locaux : quel types d'évolution depuis l'assassinat d'Oussama Ben Laden
- les conséquences de la guerre civile en  Libye et le déplacement éventuel du conflit  vers les frontières méridionales : hypothèses.
Sur la base de la comparaison  de ces quatre événements majeurs, la communication tentera d'expliquer pourquoi les situations politiques maliennes différent sensiblement de celles qui ont prévalu et qui prévalent au Niger voisin.
André Bourgeot, CNRS - UMR7130 - Laboratoire d'Anthropologie Sociale, FMSH  abourgeot@msh-paris.fr

Ressources extractives, compétitions et trafics illicites

La question pétrolière dans la région Saharienne : cas de la Mauritanie, Mali, Niger et Tchad"

Le Sahara est l'une des dernières régions d'Afrique à être encore sous explorée parles sociétés pétrolières. Cependant, depuis que les cours du brut se sont envolés, il y a une dizaine d'années, l'enclavement, principal obstacle de la région, a pu être surmonté grâce à l'accroissement exponentiel des budgets d'exploration. De plus, l'arrivée de sociétés étatiques, en particulier venant de Chine, a fait passer la rentabilité immédiate, après la nécessité absolue de mettre à jour de nouvelles (en petite quantité) et Tchad (le seul exportateur net de la région), le Niger produira dès 2012 et le Mali, par une sélection hasardeuse des compagnies n'a pas vu un seul forage depuis des décennies. Ces quatre Etats se caractérisent aussi par leur absence totale de coopération dans ce domaine pétrolier. Cela serait pourtant nécessaire dans une zone si particulière en terme de climat, de géographie et de sécurité (AQMI et Touaregs).
Benjamin Augé, Institut Français des Relations Internationales  benjamin_auge@hotmail.fr

La rente uranifère et pétrolière au Niger et le piège du syndrome hollandais

L’abondance des ressources minérales contribue-t-elle à favoriser la croissance et le développement ou à les miner ? Les ressources minières sont-elles une malédiction ou une bénédiction ? Dans le cas du Niger, ces questions ont un sens. Considéré en effet comme l’un des pays d’Afrique subsaharienne les plus riches en ressources naturelles, le Niger demeure pourtant un pays pauvre très endetté (PPTE). L’analyse entre la disponibilité de ressources naturelles et le niveau de développement apparaît importante dès lors qu’on s’attache à comprendre pourquoi un pays qui recèle autant de richesses est caractérisé par un faible niveau de développement. Cette communication a pour objet d’attirer l’attention sur le fait qu’après 40 ans d’exploitation minière, l’industrie minière n’a pas véritablement contribué à la croissance économique et à la réduction contre la pauvreté au Niger. Les communautés locales n’ont pas été affectées par les revenus issus des industries extractives. Pourtant, ces dernières supportent les coûts sociaux et environnementaux adverses des opérations d’extraction.
Par ailleurs, la récente découverte d’importants gisements d’uranium (Imouraren) et de pétrole (Agadem) attise la convoitise de certains groupes armés qui revendiquent un partage équitable des ressources au profit des populations au sein desquelles l’activité minière se déploie. La paix durable est conditionnée par l’adhésion de ces populations au processus de mise en œuvre des projets miniers, mais aussi par les retombées positives de ceux-ci en termes de réduction de la pauvreté. Devant cette situation, quels sont les stratégies politiques et économiques que les pouvoirs publics peuvent adopter pour un meilleur impact des ressources naturelles sur le développement local et national ?
Youssoufou Hamadou Daouda, Université de Tahoua (Niger)  yankori2000@yahoo.fr

Les nomades face à la pression sur les ressources extractives. L’exemple du Nord-Niger

Il s’agit d’envisager les conflits et les enjeux en termes de justice environnementale qui se posent aux vues des difficultés qu’ont les pasteurs nomades à perpétuer leurs conditions d’existence face aux pressions pour l’accaparement des ressources. Nous aborderons notamment le phénomène de dépossession des terrains de parcours nomades par les industries extractives et ceci malgré des droits territoriaux qui leur sont aujourd’hui reconnus dans la législation nigérienne. Nous montrerons néanmoins que cette législation, qui comporte des avancées certaines, n’est toutefois que peu appliquée et connue des acteurs mais aussi et surtout qu’elle n’est pas adaptée dans un contexte de pressions foncières généralisées accentuées par l’implantation de nouvelles entreprises internationales d’extraction et de transformation du minerai d’uranium au Nord-Niger. Nous évoquerons notamment l’exemple de la zone d’Azelik, exploitée par une multinationale chinoise, au regard de la mine d’Imouraren qui a fait l'objet d'une étude précédente.
Abdoulkader Afane, Doctorant au laboratoire PACTE de l’université J. Fourier de Grenoble et à l'université A. Moumouni de Niamey (Niger)  abdouaffane@yahoo.f
Laurent Gagnol, Professeur contractuel à l'université J. Fourier et chercheur associé au Laboratoire PACTE.   gagnollaurent@yahoo.fr

L’arrivée de la cocaïne au Sahel

Les pays sahéliens sont traversés depuis quelques années par des routes de trafics de stupéfiants, la cocaïne et le haschich. Cette arrivée témoigne à la fois de la transformation de la géo-économie globale de ces deux produits mais également du renforcement des pays sahéliens dans leur spécialisation d’espace de transit-stockage, qui est l’un des modes d’insertion de ces pays dans l’économie mondiale.
En effet, si l’on prend l’exemple de la cocaïne, ce produit est arrivé en Afrique de l’Ouest et au Sahel au milieu des années 2000 en raison de l’émergence de l’Europe comme premier marché de consommation et de la dangerosité progressive (pour les trafiquants) des routes plus directes entre les zones de production en Amérique latine et l’Europe.
Si l’on dresse une typologie des acteurs de ce trafic dans les pays traversés, on doit s’éloigner du modèle d’une mafia globale qui pourrait se payer des relais locaux. Les acteurs africains, notamment ce que l’on peut appeler des mafias d’Etat dans certains pays, semblent incontournables. Les profits générés par ces trafics participent aux économies nationales mais ont déjà commencé à financer la politique et donc à produire du politique, localement et au niveau national.
Nous tenterons de dresser, lors de notre présentation, une typologie des acteurs du trafic de cocaïne dans les pays Sahéliens et en particulier en Mauritanie et au Mali.
Alain Antil, Institut Français des Relations Internationales  antil@ifri.org

Migrations et terrorisme

Le Sahara entre espace de circulation et les frontières de l’Europe

Les migrations internationales au Sahara représentent aujourd’hui un enjeu central des relations géopolitiques entre les États d’Afrique subsaharienne, d’Afrique du Nord et d’Europe. Elles ne constituent pas un phénomène nouveau puisque dès le milieu du XXe siècle des ressortissants des États sahéliens se rendaient au Maghreb pour y travailler, ces mobilités se réalisant en étroite relation avec la mise en valeur du Sahara. Pourtant, depuis le début des années 2000, la médiatisation des migrations à destination de l’Europe, très minoritaires au regard de l’ensemble des flux, a radicalement changé la donne. Chaque migrant de la région est suspecté d’être un “clandestin en transit vers l’Europe”. Les politiques migratoires depuis lors mises en oeuvre dans les régions sahariennes perturbent l’ensemble des mobilités dans cet espace en passe de devenir une nouvelle frontière migratoire de l’Europe.
Julien Brachet, Université Paris 1   julien.brachet@ird.fr
Armelle Choplin, Université Paris Est  armelle.choplin@univ-paris-est.fr
Olivier Pliez, Université de Toulouse  pliez@univ-tlse2.fr

Activités illicites au Nord-Mali : pouvoirs émergeants et territoires

Les régions du Nord-Mali connaissent depuis plus de quatre décennies une montée sans cesse croissante de la pauvreté due essentiellement aux effets conjugués de l’aridité, du climat, de la dégradation de l’écosystème suite à des sécheresses répétitives et aux rébellions. Cette vaste étendue désertique  de la bande sahélo-saharienne, peu habitée en raison des conditions de vie difficiles, est devenue un terrain propice à la pratique des activités illicites, notamment le trafic des cigarettes, de la drogue et de la contrebande.
C’est dans ce contexte de pauvreté et de misère que les contrebandiers ont développé des stratégies d’exploitation de ce territoire pour fructifier leurs trafics à travers des réseaux organisés localement en lien avec des relais externes. Le Nord-Mali est essentiellement une zone de transit de ces produits illicites vers des destinations plus lointaines (Europe, Asie). A cet effet, l’acheminement requiert des moyens de transport rapides, un dispositif de sécurité adéquat et des soutiens locaux rassurants.
Le programme de réinsertion des jeunes mis en place par le Gouvernement malien et les Partenaires n’a pu résorber le chômage et de nombreux jeunes  soumis à la précarité. Certains sont attirés par ces nouveaux pourvoyeurs auxquels ils livrent des services bien rémunérés par rapport au pouvoir d’achat local. La manne financière en circulation par les narco-trafiquants dans ces zones a créé un sentiment de territorialisation par des groupes  ethniques exigeant, entre autres, des « droits de passage ». Les violations de l’espace territorial conduit souvent à des conflits meurtriers entre les groupes. De nouveaux pouvoirs locaux émergent dans cette situation en vue de tirer le maximum de bénéfice de ces activités en assurant le contrôle et la garantie sur leurs territoires d’attache. Ces pouvoirs locaux émergeants s’incèrent dans les champs politique, traditionnel et de la jeunesse. L’AQMI demeure un acteur présent sur ce territoire et pourrait avoir des liens d’intérêt avec ces groupes.
Attaher Ag Iknane, chargé de mission, Présidence de la république du Mali attaheriknan@hotmail.com

Enchevêtrements géopolitiques autour de la lutte contre le terrorisme dans le Sahara

À la suite des attentats du 11 septembre 2001, l’Afrique du Nord est devenue pour les États-Unis un nouveau front de la « guerre contre le terrorisme ». Cet interventionnisme, dans une zone dans laquelle la France est traditionnellement présente, s’est toutefois heurté aux logiques et dynamiques géopolitiques à l’œuvre dans la région. Chaque acteur possède en effet ses objectifs, faisant du Sahara un espace dans lequel s’enchevêtrent des enjeux de pouvoir, de contrôle et d’influence au nom de la sécurité. Dans ce contexte, la volonté de donner un visage local à la lutte contre le terrorisme a jusque là été limitée par l’absence de consensus sur la stratégie à adopter et le manque d’engagement du Mali. Si la guerre civile en Libye semble stimuler les dynamiques de rapprochement dans la région, la lutte contre le terrorisme et la criminalité dans la région reste cependant étroitement dépendante des capacités des États, de leurs relations avec les populations, et de leurs intérêts à toutes les échelles.
Alors que le désert du Sahara s’est imposé ces dernières années comme l’un des théâtres de la lutte contre le terrorisme islamique, les États-Unis se sont progressivement engagés aux côtés des États de la région, déjà soutenus pour la plupart d’entre eux par la France. À la suite des attentats du 11 septembre 2001, plusieurs mesures ont été initiées afin de renforcer la sécurité mais aussi d’améliorer la coopération avec les États dans lesquels se trouvent des cellules terroristes au Maghreb et au Sahel, où les combattants de l’ex-GSPC algérien se sont installés à la suite des succès des forces armées algériennes, avant de prendre le nom d’Al Qaïda au Maghreb islamique en janvier 2007. Cet engagement, sorte de « défense de l’avant » contre des attentats, s’est cependant heurté à la présence française, aux rivalités et aux différences de vision et de stratégie des États de la région, ainsi qu’à une instrumentalisation par ceux-ci de la menace terroriste afin d’obtenir des aides et de renforcer l’État. Autour de la lutte contre le terrorisme dans le Sahara se dessine donc un enchevêtrement de logiques géopolitiques impliquant des mouvements et des acteurs étatiques et non-étatiques, internes ou externes à la région. Les difficultés à mettre en œuvre une réelle coopération régionale témoignent de ces enjeux de pouvoir sous-jacents, qui s’insèrent à la fois dans des stratégies et dynamiques mondiales, régionales et locales.
Antonin Tisseron, Institut Thomas More (France) antonin.tisseron@gmail.com

Découpage-maillage de l’État malien  dans les régions Saharo-sahéliennes

Les années 1989 à 1996 ont constitué, par l’ampleur des forces sociales mobilisées autour de la démocratie, du pluralisme et de la bonne gouvernance, un moment politique comparable au mouvement anticolonial des années 1945-1960.
L’enjeu de la citoyenneté s’entend bien au-delà des figures de gouvernementalité. Il embrasse les conditions mêmes de reproduction des sociétés maliennes. En proposant une réflexion conjointe sur les mots (les notions, concepts, grilles et schémas d’analyse savante mais aussi les mots de tous les jours) et les lieux de démocratie (ses terrains ou sites d’observation, les lieux dont parlent les acteurs et ceux d’où ils parlent), la communication invite à réinscrire l’histoire politique de la dernière décennie dans la longue durée des luttes d’émancipation sociale, ethnique et politique.
L’intérêt de la présente communication se trouve en creux de toute la réforme institutionnelle en œuvre au Mali depuis mars 1991. Cette réforme a pris corps au cours du mouvement de restructuration politique et de la gestion des identités instables (Accords de Tamanrasset et Pacte National), entérinée par la conférence nationale puis consacrée par le constituant de 1992 et l’Accord d’Alger en 2006; elle s’est trouvée transcrite dans la décentralisation comme une réponse aux échecs successifs de la gouvernementalité de la post-colonie et des projets de développement initiés depuis 1960.
De la mise en place des premières collectivités décentralisées dans le Nord Maliens à ce jour, des élections sont organisées régulièrement et le vote citoyen y fait toujours défaut. Ce sont plus des logiques fractionnelles, tribales et statutaires qui dominent eu égard aux « libéralités » que l’État offre à certaines communautés ou groupes (personnes, fractions et tribus) des régions Nord maliennes.
Un tel contexte promeut la « privatisation » ou l’usage de fait de la violence : d’où l’avènement de « pouvoirs ethnicistes » en quête de souveraineté territoriale. C’est dans l’interstice de ces dénis de pouvoirs et d’injustice qu’interviennent de manière récurrente révoltes et rébellions sur fond de tensions communautaires permettant, ainsi à AQMI d’élire ses quartiers dans l’espace Saharo-sahélien malien et depuis, en passe de sanctuarisation.
L’objectif de cette communication est double : la première est de présenter une démarche pour aborder ce champ anthropologico-sociologique que constitue, pour l’Etat malien, le problème de l’autorité dans son rapport avec un pouvoir d’Etat n’ayant pas encore résolu les questions d’homogénéisation de ses références socioculturelles et de sa liaison directe au peuple ; la seconde se propose donc de contribuer à saisir, d’une part, au-delà des apparences, les réalités profondes de l’insécurité corollaire à la rébellion touarègue, son envers le Mouvement Patriotique Malien Ganda Khoye (MPMGK) et Ganda Izo (dernier avatar) - essentiellement composé des populations sédentaires des régions Nord et généralement issues des ethnies Songhoy et Peul - et depuis la sanctuarisation de l’AQMI dans les régions Saharo-sahéliennes à travers le jeu des acteurs.
Le phénomène actuel de l’effondrement de l’Etat est beaucoup plus particulier, circonscrit et identifiable. C’est à la fois une cause et un effet politiques qui ont leurs implications économiques et sociales. En fait le problème repose sur une hypothèse, caractéristique de l’ère présente: on s’attend à voir le territoire et la population se diviser en entités politiques qui déterminent au sein de leurs limites, si inégalement que ce soit, l’identité, l’ordre et l’autorité.
Ici, pourrions-nous soutenir que nous sommes au cœur de la problématique de l’effondrement du territoire politique national et de son remplacement ou de sa contestation par des terroirs bien localisés. C’est dire que le rôle central du pouvoir politique dans la distribution des ressources au sein des Etats nations constitue un obstacle à l’exercice démocratique du pouvoir. La violence étant le mode d’accès privilégié au pouvoir et les allégeances s’opérant selon des modalités clientélistes et non programmatiques. Le pouvoir devient un instrument de mobilisation sur des bases autres que citoyennes. Ainsi, les identités ethnoculturelles ont pu servir de relais - logistique et cathartique - pour le mouvement national, mais les diverses couches de la société ont été trop entamées culturellement et trop délocalisées pour se replier sur un modèle identitaire ethno-territorial.
Il convient, avant toute autre chose, de constater que l’ouverture de la boîte de Pandore qu’est la rébellion touarègue a changé les données classiques des régions Nord du Mali. Non seulement l’incapacité des Etats à contrôler les limites extrêmes des frontières étatiques, fait visible, se traduit d’une manière de plus en plus évidente de nos jours, libérant ainsi de gigantesques potentiels d’affrontements, mais les données relatives à la violence à l’échelle régionale changent considérablement avec la présence de l’AQMI.
Naffet Keïta, FLASH - Université de Bamako (Mali)  naffetk@yahoo.fr

La réalité de la menace de l’Aqmi à l’aune des révolutions démocratiques au Maghreb

Une  vague de révolutions « démocratiques » a secoué le théâtre maghrébin bouleversant les repères traditionnels : cet ébranlement fera date et changera l’identité et la personnalité stratégique de cet espace. C’est la révolution populaire tunisienne qui a réalisé la première brèche dans le mur Sud Méditerranéen. Elle porte la promesse d’un nouvel ordre régional : l’onde de choc a retenti dans tous les peuples du Maghreb et du Machrek. Le statu quo est irrémédiablement mis en cause.
Mehdi Taje, Politologue (Tunisie)  tajemehdi@yahoo.fr

La guerre civile en Libye et les conséquences régionales de l'effondrement du régime

Le Niger : une victime collatérale du conflit libyen

Les conflits se déclenchent, des victoires s’enregistrent et font place à l’euphorie des vainqueurs sur les vaincus qui fondent en larmes. Mais derrière ces joies (pour les uns) et ces amertumes (pour les autres), il existe bien des victimes collatérales à qui la nature inflige des sanctions pour leur appartenance naturelle au Sahel. Pendant que le Conseil National de Transition libyen savoure sa victoire du conflit, le voisin du sud (Niger) perd sa tranquillité obtenue dans des accords d’un passé fâcheux. Deux analyses prospectives s’imposent : Les suites du retour massif des mercenaires (les populations touareg et Toubous notamment) défaits en Libye présagent-t-elles des risques de reprise des rébellions ou d’aggravation de l’insécurité ? La situation de chaos créée par la débandade notamment la sortie incontrôlée des armes, conduit-t-elle à une avancée fulgurante d’Aqmi et une sanctuarisation du Nord-Niger ?
La présente communication analysera dans un premier temps l’héritage douloureux du conflit libyen pour un pays qui venait juste de «  panser ses plaies », résultats de deux rébellions touaregs. Le retour désorganisé des combattants-mercenaires laisse le Niger et son peuple en état de veille permanente et le « wait and see » anglais se conjugue tous les jours ; La seconde analyse s’attachera aux conséquences de la libéralisation des armes par le régime libyen d’antant d’une part, mais également de celles mises à la disposition des combattant du conseil national de transition par la coalition. Cette libéralisation arrive dans un contexte où toute la réflexion sur le sahel est orientée vers des politiques de coopérations régionales des Etats pour une maitrise de l’espace sahélien afin d’apporter des solutions au problème terroriste du moment. Il s’agit en effet de s’interroger sur une possible sanctuarisation du désert nigérien par AQMI.
Adamou Rabani, Université de Tahoua (Niger)  araban20@yahoo.fr

Les berbères libyens, du Fezzan au Djebel Nefoussa et l’émergence d’un nouveau pôle politique en Libye

A l’heure où la Libye est toujours dans une situation institutionnelle fragile et où le désarmement des milices apparait comme un des plus épineux problèmes à régler pour le nouveau gouvernement, un conflit  à l’issue déterminante pour le futur du pays oppose  les représentants berbères  et  les dirigeants du CNT sur la conception politique du futur régime libyen  et sur l’intégration de la dimension berbère dans le projet politique de la nouvelle Libye.  Dans un communiqué, quelques jours après l’annonce du gouvernement de transition, le Congrès national amazigh libyen (regroupant tous les Conseils amazighs locaux du CNT), estime que la composition du nouveau gouvernement provisoire “a été faite sur une base discriminatoire, excluant de façon délibérée tous les Amazighs de Libye des régions de Adrar n Infusen, Zouara, Ghadamès, Oubari, Ghat, Oujila ainsi que les Amazighs du Sud (Touaregs), lesquels Amazighs forment la composante essentielle de l’identité libyenne”. Dans la semaine du 28 novembre 2011, les négociations entre ces deux organes de représentation se sont soldées par un échec, provoquant l’annonce du  CNA libyen de geler tout contact avec le CNT tant que ses revendications de base ne seront pas entendues.
On cherchera à remettre ce conflit et l’alliance pan-berbère qu’elle a suscité dans sa perspective socio-historique. On présentera des pistes de réflexion et de compréhension des recompositions politiques en cours en Libye. On regardera ces changements  sous l’angle des nouvelles  alliances berbères nationales, dans un contexte complexe de guerre civile, de compétition politique  des tribus et de transition institutionnelle.  On présentera dans les grandes lignes les ‘parcours’ respectifs, parfois divergeant par le passé et pour des raisons que nous développerons,  de ces communautés du Fezzan et de l’Infusen, sous le régime de Kadhafi. On s’attardera sur  la période particulièrement intéressante de la jonction de ces deux grands ensembles comme force politique nouvelle dans les mois qui ont suivi l’insurrection du 17 février 2011 à Benghazi.  On insistera enfin sur la position stratégique de la région du Fezzan dans le jeu de recomposition des alliances régionales et pour  la redéfinition d’un système politique en Libye incluant sa dimension berbère.
Nadia Belalimat, CIRED  nadiabela@hotmail.com

La région de Sbha-Al Gatroun : pièce maîtresse du régime Khadhafi

La région de Sebha – Mourzouq – al Qatroun a toujours revêtu une importance particulière du fait notamment de sa situation géographique frontalière avec le Niger et le Tchas. Depuis l’arrivée au pouvoir du colonel Qadhafi, le commerce transfrontalier traditionnel y a été monopolisé par les familles importantes de la tribu des qadadfa et contrôlé par le puissant gouverneur de Sebha, le général Massoud. Cette région se caractérise en outre par une importante communauté toubou qui circule d’un pays d’un pays à un autre librement et est en mesure de faire régner un climat d’insécurité ce qui a conduit à la mise en place d’un pacte tacite de sécurité des autorités locales avec cette communauté.
Emblématique d’un système de pouvoir libyen fortement marqué par les relations familiales et tribales et fonctionnant sur un mode clientéliste allégeance – rétribution généralisé, la région de Seabha était de toute évidence celle où ce système était le plus développé (en tout cas le plus déchiffrable pour un  observateur extérieur). Elle constituait à ce titre une des régions libyennes où l’allégeance au Guide de la révolution était la plus forte. Il était donc peu réaliste de voir son mode de fonctionnement remis en cause sans risque significatif de déstabilisation du système de pouvoir qadhafien.
Patrick Haimzadeh, Anthropologue (France)  pathamz@hotmail.com

La zone saharo-sahélienne dans la politique extérieure libyenne. Bilan et perspectives

Prolifération des armes au profit des djihadistes d’al Qaeda au Maghreb islamiste (AQMI) ou des groupes irrédentistes de la région, retours forcés des migrants, retrait des avoirs libyens investis dans les pays voisins, telles ont été les principales craintes exprimées par les Etats de la zone sahélo-saharienne durant les huit mois du conflit interne libyen. Ces craintes de déstabilisation de la région et des pays qui la composent n’ont pas disparu au lendemain de la proclamation -le 23 octobre 2011- de la « libération » du pays. En partie légitimes et fondées, elles témoignent de la centralité de Tripoli dans cette partie du continent africain, centralité qui s’est renforcée à partir du milieu des années 1990. En effet, durant les sept années d'embargo (1992-1999) auxquelles a été soumise la Libye se sont dessinés les contours d'une "nouvelle" politique africaine de ce pays, qui a tiré les leçons de l’activisme stérile de la période antérieure et de la marginalisation internationale et régionale qui s’en est suivie. Ce qui a été qualifiée de « nouvelle » politique africaine a  ainsi rencontré ses premiers succès lors du Sommet extraordinaire de l'OUA, à Syrte (1999) et lors du 36ème Sommet de l'organisation panafricaine, à Lomé (2000).  Le changement observé de ton et  – dans une certaine mesure- de pratiques qui s’inscrit dans une politique plus générale de normalisation internationale ne doit cependant pas occulter la continuité sur le fond de la politique africaine libyenne. Aux instruments classiques de la diplomatie libyenne, s'est ajoutée l'instrumentalisation de la mystique africaine tant au niveau subrégional (la Communauté des Etats sahélo-sahariens ou CEN-SAD) qu'au niveau continental (l'Union africaine) et ce afin de poursuivre par d'autres moyens les objectifs traditionnels de la politique africaine de Tripoli.
Aux lendemains de la chute du régime de Muammar Kadhafi, se pose ainsi la question du devenir de la politique libyenne africaine et de ses conséquences sur la région. Va-t-on assister à une refonte complète de la diplomatie libyenne ou à un réaménagement partiel de sa politique sahélo-saharienne ? A travers cette communication, nous nous proposerons de revenir, dans un premier temps, sur les déterminants et les évolutions de la politique africaine de la Libye depuis 1969. Avant de nous interroger, dans un deuxième temps, sur les changements potentiels et  les permanences de la politique de la Libye post-Jamahiriya à l’égard de son hinterland sahélo-saharien.
Saïd Haddad, Ecole de Saint-Cyr « Coëtquidan » et IREMAM Aix-en-Provence - UMR 6568  said.haddad@st-cyr.terre-net.defense.gouv.fr

Encore une guerre française contre les Africains ! Regards sur l’intervention militaire en Libye

La communication tente d’établir une relation entre l’intervention militaire franco-anglaise en Libye et les intérêts de la France en Afrique subsaharienne. En se basant à la fois sur les prises de position de migrants africains et sur un grand nombre d’articles de presse, l’auteur essaie de montrer pour quelles raisons le soutien inconditionné de la France pour les « rebelles » libyens peut être vu, non pas comme une initiative pour la démocratie, mais plutôt comme une tentative de renforcer l’influence française en Afrique subsaharienne, s‘inscrivant ainsi dans une logique néocoloniale. Dans cette perspective, sont à aborder trois thèmes principaux : 1. La compétition, dans un passé proche, entre la France et la Libye, afin d’exercer de l’influence sur les états subsahariens ; 2. le court-circuitage d’institutions internationales africaines, notamment de l’Union Africaine, dans la résolution du conflit et la mise en avant d’organisations considérées comme « occidentales », comme l’OTAN ou la Cour pénale internationale à qui on reproche souvent de « s’intéresser uniquement aux Africains » ; 3. la création médiatique de l’image raciste du « mercenaire noir » opposé au « bon rebelle » trouvant sa continuité dans l’image également médiatique du « migrant subsaharien menaçant la paix des Européens ». Ces trois thèmes reviennent toujours à nouveau dans beaucoup de discours de migrants subsahariens commentant l’intervention militaire en Libye. Une lecture de l’engagement français en Libye plaçant ce premier dans une logique néocoloniale est donc tout à fait possible. Une telle logique aboutirait finalement à une présence française renforcée dans un espace subsaharien de plus en plus fragilisé.
Tilman Musch, INALCO – CRREA  tilmanmusch@yahoo.de

Les Touaregs et le conflit libyen

L’espace libyen a toujours été fréquenté par les populations touarègues, et ce bien avant l’imposition des frontières étatiques et l’avènement du kadhafisme, en 1969.
C’est donc tout naturellement que ces populations trouvent refuge dans ce pays après les graves crises écologiques et les événements nés de la gestion sécuritaire, adoptée par certains Etats sahélo-sahariens issus des indépendances, pour hâter les mutations socio-économiques de leurs populations touarègues.
Ainsi, se rendre en Libye s’apparente, pour les Touaregs, à une remontée dans le temps vers des espaces de référence  qui furent jadis parcourus par leurs ancêtres et dont le souvenir est conservé dans leur mémoire collective.
La communication ambitionne d’approcher, dans une perspective de l’anthropologie historique, les stratégies mises en place par les Touaregs libyens, afin de se positionner dans le nouveau contexte politique qui se dessine dans ce pays à l’aune des événements en cours, ainsi que celles adoptées par les autres communautés touarègues, issues des pays sahélo-sahariens et installées en Libye depuis les années 1970, pour se maintenir dans ce pays après la chute du régime de Kadhafi d’une part et les implications politiques et économiques de leur nouvelle situation sur leurs pays d’origine, d’autre part.
Dida Badi, Centre nationalde recherches préhistoriques, anthropologiques et historiques d’Alger  didabadi1@yahoo.fr

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