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News

:: Livre du mois - 12/09

SIMARD Augustin, La loi désarmée. Carl Schmitt et la controverse légalité / légitimité sous Weimar, Editions de la MSH, septembre 2009

Pouvoir et religion. Pour réconcilier l'Histoire et l'anthropologie
Luc de Heusch, Editions de la MSH, octobre 2009

Ethnologue des sociétés africaines, Luc de Heusch consacre son dernier ouvrage à l’analyse d’un thème qui dépasse de loin les limites de l’enquête ethnologique : le lien entre religion et pouvoir. Depuis l’avènement des sociétés démocratiques, il est habituel de penser que notre ordre social repose sur une claire distinction entre pouvoir et religion, entre société laïque et société religieuse. Bien qu’il ne remette pas en question l’actualité de cette distinction, Luc de Heusch interroge le fondement anthropologique du lien entre pouvoir et religion à travers son  évolution historique, dans une perspective qui viserait à réconcilier les points de vue discordants de l’ethnologie, de l’histoire et de la philosophie. Au-delà de cette problématique, c’est bien le développement d’une anthropologie générale dépassant l’actuel morcellement des sciences humaines que l’auteur appelle de ses vœux dans cet essai aux accents pamphlétaires.

L’argument principal de de Heusch est pourtant d’inspiration nettement ethnologique. Il s’appuie sur la thèse d’une sacralisation du pouvoir inhérente à toute société humaine depuis ses premières manifestations jusqu’à aujourd’hui. Historiquement la première forme de sacralisation apparaît à travers la figure africaine du souverain- fétiche doté d’un pouvoir sur la nature et les hommes grâce à une transgression inédite de l’ordre de la parenté. A cette première figure mythique, antérieure au monothéisme, succèdent les figures de la royauté divine et du roi-prêtre préparant la voie à l’avènement de la démocratie moderne. Ces figures mythiques forment un invariant anthropologique dont l’auteur poursuit la trace à travers l’évolution des sociétés anciennes et modernes malgré les clivages historiques, religieux et idéologiques qui les séparent. On voit bien à l’appui de cet argument comment l’ethnologue s’inspire d’une vision de l’histoire qui dépasserait toute distinction entre "sociétés sans écriture" et "sociétés avec écriture", entre monde primitif et monde moderne, et qui serait de  nature à contredire les thèses de l’évolutionnisme historique.

Le point de vue de Luc de Heusch sur l’émergence des sociétés démocratiques vient achever sa réflexion. Il reconnaît bien volontiers que l’idéal démocratique rend impossible toute confusion entre pouvoir et religion dans la mesure où il repose sur la rationalité d’un contrat social. Mais en s’appuyant sur la pensée de Hobbes, il semble voir dans l’état moderne une forme sécularisée du pouvoir royal, un "dieu mortel" capable de légitimer toute espèce d’impérialisme et de totalitarisme. En dépit de sa dimension rationnelle, la démocratie ne serait donc pas exempte d’un soupçon de sacralité qui discréditerait sa vocation à l’universalité. Que penser dès lors de l’idéologie des droits de l’homme et de sa prétention à légiférer l’ordre mondial ? A cet égard, la position de l’auteur est ambiguë. La démocratie lui  apparaît comme une figure légitime, capable d’offrir un rempart au possible fanatisme des religions du Livre. Mais il ne peut s’empêcher de voir en elle un mythe éphémère, une figure constamment bafouée par l’histoire. Inspiré par son vœu de réconciliation entre mythe et histoire, de Heusch souhaiterait en définitive que l’occident se penche davantage sur son mythe intérieur, sur l’horizon sacré qui inspire depuis toujours ses décisions raisonnables. Alors pourrait naître "une nouvelle civilisation syncrétique et inédite comme autant de forces barbares envahissant et revigorant l'empire romain".

Philippe Derivière