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Actualités

:: Livre du mois - 09/09

SIMARD Augustin, La loi désarmée. Carl Schmitt et la controverse légalité / légitimité sous Weimar, Editions de la MSH, septembre 2009

La loi désarmée. Carl Schmitt et la controverse légalité / légitimité sous Weimar
Augustin Simard, Editions de la MSH, septembre 2009

Fil rouge de la pensée politique moderne, la question de la légitimité du pouvoir se trouve au cœur du débat politique, intellectuel et citoyen de nos démocraties. Il se peut même, comme le rappelle l’auteur de La loi désarmée, que notre conception de la démocratie repose essentiellement sur l’idée que tout pouvoir doit être en mesure de prouver sa propre légitimité. Comment en effet débattre démocratiquement d’une loi ou d’une règle sans interroger le principe qui la fonde ? C’est tout l’intérêt de l’ouvrage d’Augustin Simard de retracer la généalogie de cette question en s’appuyant sur sa dimension théorique et historique, sans qu’il soit jamais possible de distinguer complètement l’une de l’autre. Le segment historique choisi par l’auteur est la République de Weimar, au moment où se prépare dramatiquement le destin de l’Europe et du monde. Quant à la pensée qui éclaire ce moment de l’histoire, elle est celle de Carl Schmitt, intimement mêlée aux controverses politiques et intellectuelles de son époque. Comment la question de la légitimité (et de la légalité) du pouvoir se trouve soumise aux aléas de l’histoire et du débat intellectuel, telle est bien la question centrale du livre.

La loi désarmée se lit comme un ouvrage à plusieurs facettes. Il est d’abord une remarquable étude de la pensée de Carl Schmitt abordée de manière généalogique. Le corpus théorique du juriste n’est pas séparable de son enracinement dans la tradition philosophique. C’est pourquoi l’auteur insiste sur la subtile filiation entre la pensée de Schmitt et  celle de Max Weber où, pour la première fois, apparaît la notion de "domination". Schmitt ne s’émancipera de Weber qu’au prix d’une déformation radicale de sa pensée, transformant la neutralité sociologique du maître en une théorie mythologique de la puissance absolue de l’Etat. On comprend dès lors comment le légalisme politique peut se retourner violemment en son contraire en raison de circonstances historiques ou par une ruse de la raison dont l’origine appartiendrait au destin de la pensée.

Entre histoire et pensée, l’auteur de La loi désarmée ne tranchera cependant pas. Les questions philosophiques (qu’est-ce qu’un ordre légitime ?) s’éclairent indirectement au fil de l’histoire et des débats institutionnels plutôt que dans le ciel des idées. Il existe entre la pensée de Schmitt et le contexte historique de Weimar une interaction permanente que l’historien des idées développe avec justesse. On voit bien comment une pensée peut exercer son effet sur l’histoire tout en étant également transformée par elle. "Ni antiquaire, ni idéaliste", La loi désarmée trace un chemin rigoureux au cœur d’une "pensée de crise" dont les échos nous parviennent encore aujourd’hui.

Ph. D.