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À l’heure où les contenus et les métiers de l’information et des bibliothèques connaissent des mutations fondamentales, la bibliothèque de la FMSH a considéré en profondeur les principes et les pratiques guidant sa politique documentaire. Une réflexion transversale a ainsi conduit à la mise en place progressive d’une politique documentaire plus globale des services des acquisitions, du catalogage et des périodiques, traditionnellement dédiés à l’alimentation et au traitement des fonds.
Le choix a été fait de privilégier absolument une approche disciplinaire ou thématique, d’apporter une attention particulière aux travaux trans- et interdisciplinaires de la production mondiale en sciences humaines et sociales, en minorant les critères de support ou de type de ressource : qu’il s’agisse de monographies, de périodiques, d’outils de références, de versions papier ou électronique, le choix des documents relève d’une même volonté de proposer aux lecteurs un ensemble cohérent, pertinent et concerté.
De la charte documentaire à un plan de développement des collections
Une charte documentaire, en ligne depuis avril 2009, explicite et formalise la politique documentaire au regard de l’histoire et des missions de la bibliothèque de la Fondation.
La bibliothèque engage maintenant une étude pour l’élaboration d’un outil de pilotage, le plan de développement des collections, qui suppose de procéder, en amont, à une évaluation quantitative et qualitative du fonds. Ce plan permettra de fixer des objectifs en termes d’acquisitions, de communication et de conservation des documents tous supports confondus, et de les inscrire dans un cadre budgétaire. Il devrait faciliter également une réflexion d’ensemble, les arbitrages et les ajustements nécessaires, et favoriser une évaluation affinée et régulière des collections et de la politique documentaire conduite par la bibliothèque au regard des usages qu’en ont ses lecteurs.
Enfin il devra prendre en compte la spécificité « recherche » de la bibliothèque qui lui confère une identité différente de celle d’un service commun de la documentation, dont les collections comme les publics semblent, de prime abord, mieux adaptés pour un schéma directeur de ce type.
Création d’un Comité scientifique des acquisitions
Chantier d’envergure, la construction de ce plan de développement des collections s’appuiera sur le comité scientifique des acquisitions, nouvellement constitué avec des spécialistes des champs disciplinaires couverts par le fonds, lecteurs de longue date à la bibliothèque de la FMSH et déjà prescripteurs d’acquisitions.
Il a pour mission d’apprécier les orientations de la bibliothèque et d’en suggérer de nouvelles, particulièrement en matière de politique documentaire. Composé de l’administrateur de la Fondation, Michel Wieviorka, et de huit chercheurs – Marc Abélès, Jean-Michel Chapoulie, Yves Cohen, Marianne Debouzy, Michel de Fornel, Rose-Marie Lagrave, Krzysztof Pomian et Vincent Descombes – qui ont accepté de consacrer de leur temps à la bibliothèque et de lui apporter la valeur de leur expertise scientifique, ce Comité viendra épauler les bibliothécaires en charge de la politique documentaire et pourra s’enrichir ponctuellement de personnalités invitées pour répondre à des questionnements particuliers.
Imprimés et documents numériques : la recherche d’un équilibre
Les nombreux dossiers de politique documentaire sur lesquels travaille la bibliothèque soulèvent des questions et appellent des choix qui seront peut-être – au moins partiellement – démentis demain. Parmi celles-ci, figure l’explosion numérique.
Depuis plusieurs années, la bibliothèque oriente sa politique d’acquisitions de périodiques et de documents de référence vers le numérique. Elle souhaite répondre en cela aux attentes de ses lecteurs à qui elle offre maintenant l’accès à un corpus d’environ 6 000 ressources électroniques (périodiques, bases de données bibliographiques et en texte intégral, …) et, depuis peu, à un premier bouquet d’e-books. Elle a également acquis un résolveur de liens qui permet au lecteur d’accéder, à partir du signalement d’un article dans une base de données, au texte intégral de celui-ci, en ligne, dans la mesure où la bibliothèque est abonnée à la revue considérée.
En fonction des moyens qui seront alloués à la bibliothèque, le prochain contrat quadriennal (2010-2013) permettra une accélération du passage au numérique puisque seront résolument privilégiés l’abonnement aux périodiques dans leur version électronique, la dématérialisation des documents de référence et l’acquisition en nombre croissant de monographies électroniques – selon le développement de l’offre éditoriale.
La bibliothèque travaille par ailleurs à des projets de numérisation : en collaboration avec le réseau des MSH et Persée pour la valorisation d’un corpus de revues et d’actes de colloques, et avec le CODHOS autour du fonds Autogestion ; et aussi à des fins conservatoires en proposant via un signalement au catalogue la consultation d’ouvrages déjà numérisés par d’autres établissements en remplacement de documents dont la fragilité ne permet plus la communication.
Dans ce nouveau contexte d’accès aux ressources, l’offre de formation de la bibliothèque est renforcée et diversifiée en direction des lecteurs et en interne, par des formations régulières des personnels, afin que le développement des compétences professionnelles accompagne les nouveaux services proposés aux usagers.
Ressources financières et mutualisation des ressources documentaires
Cependant, le coût du passage à une offre numérique optimisée impacte fortement les budgets. Les 350 000 € annuels dédiés aux acquisitions de documents pendant la période 2006-2009 ont juste permis d’initier une politique documentaire tournée vers le numérique, tout en maintenant une offre documentaire à niveau qualitativement et quantitativement constant. La bibliothèque souhaite aujourd’hui affermir cette politique, ce qui implique une augmentation de ce budget a minima de 35%, non compris les droits d’accès à certaines ressources, pour lesquels une aide spécifique devra sans doute être demandée au ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche.
Le passage au numérique induit aussi un changement structurel massif de l’offre puisque, pour nombre de ressources, il y a passage d’une logique d’acquisition à une logique d’abonnement, d’un droit de propriété à un droit d’accès. Ce qui en soi pourrait sembler de faible importance, et même constituer une des réponses à la question du stockage des collections papier, n’était le danger d’une rupture dans la continuité de l’abonnement à l’heure des restrictions budgétaires… et des faibles marges de négociation avec les fournisseurs même pour les bibliothèques regroupées dans des consortia, comme la FMSH au sein de Couperin.
Enfin, au cœur de cette évolution numérique globale, des mutations s’opèrent déjà puisque bien des établissements demandent avec insistance de pouvoir choisir des ressources numériques « à l’unité » plutôt qu’en bouquet – pratique qui aiderait par ailleurs à maintenir sans nul doute une identité particulière aux bibliothèques – et que des éditeurs s’y montrent attentifs.
Le salut viendra sans doute des regroupements de bibliothèques qui permettent de créer, d’une part un effet de masse critique avec qui il faudra bien compter et, d’autre part, les conditions d’un travail de mutualisation des ressources et des politiques documentaires déjà à l’œuvre quoique de manière encore très informelle.
Attention chantiers !
Pour la bibliothèque de la FMSH, comme pour nombre d’autres, il s’agit dans un avenir le plus proche possible, de trouver des réponses professionnelles et cohérentes à des questions oxymoriques, telles que :
– étendre les espaces dédiés au libre accès … et envisager le stockage des collections dans des magasins distants
– développer le libre-accès imprimé … et les ressources dématérialisées
– accroître les horaires d’ouverture et le nombre de places en salle de lecture … et favoriser l’accès à distance
– proposer des formations qui permettent aux lecteurs de s’approprier individuellement l’accès aux outils et aux ressources mis à leur disposition par les bibliothèques … et justifier le maintien et le développement de celles-ci.
Beaucoup de matière pour alimenter les réflexions des professionnels de l’information scientifique et technique…
Et une question qui peut être largement partagée : le bouleversement à l’œuvre dans les principes de signalement des collections, les pratiques et les souhaits de nos usagers, ne plaident-ils pas pour un travail de (ré)conciliation, de rapprochement en profondeur de nos différents métiers ? |
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