Hirochika Nakamaki
Un anthropologue japonais à la FMSH.
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Jane Cobbi
Responsable scientifique du programme Japon / FMSH

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– programme Japon / FMSH
– Musée national d'ethnologie d'Osaka
Suite à ses deux séjours en France dans le cadre du programme Japon (en 2007 et en 2008), Hirochika Nakamaki, professeur d’anthropologie rattaché au Musée national d’ethnologie d’Osaka (Minpaku), a publié un article dans la lettre du Musée d’ethnologie (Minpaku-Tsushin, en japonais) n°126, 2009, intitulé « Le programme Japon de la Maison des Sciences de l'Homme (MSH) ».
Son témoignage dont l’objet principal est sa participation aux deux colloques « Ville et environnement » qui ont eu lieu en 2008 en France et l’été dernier au Japon, évoque par ailleurs le rôle de la Fondation au sein de la communauté scientifique internationale et l’histoire du programme Japon, dont il se fait l’ambassadeur.
Nous vous en livrons ici l’essentiel traduit en français.


En France, cette institution est connue comme la « MSH ». Elle est située rive gauche, au 54 boulevard Raspail, dans le même bâtiment que l'École des hautes études en sciences sociales, ce qui donne une idée de son rôle éminent dans le domaine des sciences sociales en France. Vu de loin, son mode de fonctionnement paraît compliqué, et son périmètre multiple. On peut la définir plutôt comme « lieu d'échanges » que comme centre d’études. En somme, ce n'est pas tant une citadelle où se poursuivent des recherches individuelles, qu'un centre cherchant à promouvoir les rencontres et les études coordonnées (internationales, interinstitutionnelles et interdisciplinaires).

Programme Japon

Le programme Japon a été créé en 2004, à la suite du long séjour de Mme Jane Cobbi comme professeur-invité à l’Institut de recherche sur l’homme et la nature (Chikyuken) à Kyoto. C'est sur la base d’une convention avec cet Institut que la Fondation MSH a organisé à Paris des colloques comme « Consommation du sauvage » et « Riz et riziculture » (2006-2007).

Dans le cadre d’un accord scientifique conclu en 2004 avec le Musée national d’ethnologie, la Fondation MSH a accueilli plusieurs chercheurs durant quelques mois (A. Saito et M. Kashinaga, Y. Yamanaka) et organisé à Paris un colloque sur « Les outils de la pensée. Étude comparative de textes et de leur fonction sociale ».
Cobbi-san, que j’appelle ainsi en raison de l’amitié qui nous lie depuis longtemps, travaille dans un petit bureau qui n’a rien d’une salle d’étude. Bien que l’entrée de la pièce porte l’indication « Programme Japon », Cobbi-san n'occupe pas seule le petit bureau, qu’elle partage avec un rédacteur des Éditions de la MSH. Chercheur au CNRS, Cobbi-san est ici responsable des échanges scientifiques avec le Japon, et chargée de développer des programmes franco-japonais dans le domaine des sciences humaines et sociales. Le programme Japon, qui encourage les échanges scientifiques avec des organismes japonais, ne se limite pas aux études sur le Japon.
À la fois anthropologue et spécialiste du Japon, Cobbi-san travaille sur l’alimentation, le don, la vie sociale en milieu rural. Elle a accumulé les travaux sur le terrain, en particulier dans la région de Nagano, et développé des échanges avec plusieurs institutions du Japon, à commencer par le Musée national d’ethnologie et l’Institut de recherche sur l’homme et la nature, pour des recherches sur la vie quotidienne, l'alimentation, l'environnement, etc.

Le colloque « Ville et Environnement »

En 2008 le programme Japon a organisé un colloque avec A. Androuais (économiste, CNRS - Université de Paris Nanterre). Invité par la Société des études du Japon en 2007, j'avais évoqué avec Cobbi-san nos recherches sur la politique culturelle de la ville métropolitaine dans le cadre du programme en cours du National Institute for Research Advancement (NIRA), et le projet d’étude sur l'Europe en 2008, dans le cadre de l'accord conclu entre notre Musée et la MSH.
Le colloque, organisé du 13 au 16 octobre 2008, « Ville et Environnement - Culture, Métropolisation, Pôles de compétitivité », a débuté le premier jour par huit communications, en deux sessions : « Culture et métropolisation » puis « Environnement et dimension territoriale ». Le deuxième jour, également huit communications en deux sessions « L’interaction urbain-rural » et « Ville et Architecture ». Enfin, le troisième jour a eu lieu un atelier-satellite « Ville, architecture, développement durable ».

Le premier jour du colloque une communication fort intéressante de M. Baud-Berthier, directeur du musée Albert-Kahn, présentait Albert-Kahn (1860-1940) banquier qui a utilisé sa fortune personnelle pour créer au début du XXe siècle un fonds photographique, « Les archives de la planète », à partir de photos et de films sur le quotidien pris dans le monde entier par de jeunes photographes qu’il subventionnait. Ainsi peut-on voir aujourd'hui de précieux documents sur le Japon du début du XXe siècle, grâce à l’action de Albert Kahn, qui a joué un grand rôle dans les échanges culturels franco-japonais, en particulier à travers sa relation amicale avec M. Eiichi Shibusawa et M. Takashi Masuda.
Intéressé par les liens à établir avec les archives Shibusawa, j'ai pu apprendre qu'un échange de documents était programmé pour des expositions du musée Albert-Kahn et du fonds Shibusawa.

Dans ma communication « Cultural resources for urban policy and creative industry : some approaches to the environment problem », j'ai abordé la notion de « ressource culturelle », développée par des chercheurs de notre musée et de l'université de Tokyo, et montré que l'objet de la politique culturelle urbaine ne pouvait être limité aux trésors nationaux ou aux biens culturels importants, mais devait aussi se concentrer sur les ressources culturelles régionales. Quelques exemples du Japon et d'Europe m’ont permis de montrer que des villes « créatives », à la tête de « patrimoines mondiaux », peuvent, en exploitant leurs « ressources culturelles », constituer un « réseau trans-métropolitain », dont j'ai proposé un modèle pour les « capitales-métropoles culturelles » de l'Union européenne. Enfin, j'ai évoqué le cas de Kyoto, où un projet de pont sur le fleuve Kamogawa, à l’image du Pont des Arts de Paris, avait été abandonné suite à une forte opposition du public, incitant la ville de Kyoto à changer de politique culturelle et environnementale, et à respecter des règles strictes relatives à l'environnement.

Ce thème, repris au colloque organisé par la Fondation MSH en juin 2009, cette fois à la Maison franco-japonaise de Tokyo, « Ville et Environnement. Pôles d’activité culturelle et économique », a suscité l’intérêt de Marc Humbert, directeur de la Maison franco-japonaise, pour le programme de politique culturelle urbaine dit "HOP-STEP", et pour l'idée de réseau trans-métropolitain. La question des débouchés offerts après une formation sur les « ressources culturelles » à l'université de Tokyo a été posée, notamment par des stagiaires français.

La communication de Jane Cobbi qui avait pour titre « La nature dans la ville : culture du sauvage pour l’alimentation urbaine », et traitait de la prolifération des légumes dits sauvages sur les tables du Japon, fougères, pousses de bambou, d’aralie, etc. Amateurs de « plantes sauvages » saisonnières depuis toujours, les Japonais se réjouissent maintenant d’en consommer toute l’année. Aussi quantité de plantes dites « de montagne » (sansai) sont mises sur les marchés pour approvisionner les restaurants les plus sophistiqués des villes, ce qui conduit depuis peu les agriculteurs à une activité paradoxale. Le goût pour les nourritures « sauvages » perdure en effet, malgré l'emprise de l’urbain, comme une persistance du « naturel » dans un monde fortement industrialisé.

La Maison de Kiso

Une maison, rapportée de la région de Kiso à Paris par Jane Cobbi il y a plusieurs années, avait été remontée en 2007 au Musée de l'Homme, au sein du palais de Chaillot, sans avoir été présentée au public. Cette construction en bois, vieille de 150 ans, avait traversé la mer avec ses inscriptions protectrices (ofuda), son étagère consacrée aux divinités (kamidana), son métier à tisser, et la vieille odeur de vie et de bois brûlé autour de l’âtre creusé dans le plancher. Cette maison, qui n'était pas classée comme bien historique mais avait été habitée par une famille de six personnes, représente une authentique « ressource culturelle ». Adoptée par les Parisiens, elle peut faire le lien entre ville et environnement, et mérite d'être considérée comme un document important.
Le musée Albert Kahn, connu pour son jardin japonais avec ses maisons de thé japonaises, trouvera-t-il une place stable pour la Maison de Kiso ?
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