Séminaire international du 25 au 27 février dernier à la FMSH
Les relations État / pouvoir et pétrole en Irak, comme ailleurs, ont toujours été d’une importance cruciale, au point qu’il existe une quantité non négligeable de littératures et d’approches liant directement le pétrole à la nature même du régime politique. Quoi qu’on en dise, le pétrole était et est toujours au cœur même de l’État moderne irakien. Sous la monarchie (1921-1958), ce même État n’a pas réussi à forger de stratégie pétrolière nationale dans la durée. Avec sa chute, de nouveaux types de littératures et d’approches politico-nationalitaires ont fait surface, particulièrement concernant le pétrole, et ce malgré le fait qu’au cours de cette période, l’écho de l’expérience de la nationalisation du pétrole sous le gouvernement de Mosaddag, en Iran, a atteint toute la région. Cette politique, baptisée plus tard
oil nationalism, a contribué à reposer différemment les rapports entre États nationaux et compagnies pétrolières. L’impact de cette nouvelle vague de nationalisme n’a pas tardé à s’emparer de l’Irak : dès 1961, une nouvelle loi (dite loi n°80) limitant drastiquement la présence et l’activité des compagnies pétrolières étrangères est promulguée. Dans la foulée, la première réunion fondatrice de l’Organisation des pays producteurs de pétrole (OPEP) se tient à Bagdad. En dépit des changements politiques brusques et des coups d’état, le pétrole reste au cœur des surenchères nationalistes, avec pour point culminant la nationalisation totale du pétrole (1972-1973).
Les années 1970-1980 furent profondément marquées par l’approche analytique de l’État vivant et s’imposant grâce à ses rentes pétrolières. Celle-ci a conduit à l'équation « un État fort (type Baas en Irak) + des rentes pétrolières = despotisme ». La guerre Irak-Iran puis l’occupation du Koweït, engendrant des sanctions internationales suivies quelques années plus tard par la résolution des Nations Unies « pétrole contre nourriture », fait subir à la politique énergétique irakienne des transformations profondes et surtout un retard chronique dans les domaines technique et industriel.
Depuis la chute du régime de Saddam Hussein (2003), l’Irak cherche à modéliser un système qui lui éviterait de retomber dans la rigidité passée sans pour autant caresser les rêveries de modèles extravagants, type Alaska (distribution de rentes à la population). Entre ces deux rives, bien des tabous ont été levés : on n’hésite plus désormais à parler d’une certaine privatisation dans l’industrie pétrolière, du retour des compagnies étrangères, de décentralisation de la gestion pétrolière, etc.
La Constitution irakienne de 2005 correspond à l’apogée du conflit inter-irakien quant à la politique énergétique à suivre, conflit qui demeure et qui explique pourquoi l’adoption de la nouvelle loi sur le pétrole pose problème.
Personne n’est capable à l’heure actuelle en Irak d’interpréter de manière satisfaisante cet article, généreux mais énigmatique, de la Constitution : « Le pétrole appartient à l’ensemble du peuple irakien ». Faudrait-il comprendre à la lecture de ces propos que ce serait à l’État légitime de gérer ces biens collectifs, et par conséquent indivisible, ou aux régions, autonomes ou fédérées, peuplées par ces mêmes Irakiens répartis en ethnies et communautés, de gérer les biens pétroliers ?
Ce débat a pris de l’ampleur avec la publication, depuis 2006, de plusieurs projets de lois dites sur le pétrole. Une chose est certaine : l’état d’esprit politique qui règne actuellement à Bagdad est loin de la pensée idéologique de 2003 qui imaginait une privatisation rapide du secteur pétrolier, la redistribution directe de rentes à la population (modèle Alaska), un État réduit au rôle de simple observateur et médiateur, etc.
Devant tant de questions, des débats et conférences furent organisées à la hâte, à Bagdad, Erbil, Bassora, Amman, Dubaï ou encore Londres et Washington. Hélas, la plupart de ces carrefours d’échanges et d’opinions ont souffert du manque d’objectivité et souvent même d’une connaissance imprécise de la situation de l’industrie pétrolière irakienne. Même dans l’Irak d’aujourd’hui, on oublie les besoins énormes du pays à se moderniser. On oublie aussi que depuis 1980 (année de la guerre Irak/Iran), l’industrie pétrolière dans le monde a connu une évolution fulgurante et pour reconstruire ce que les guerres ont détruit, des investissements colossaux sont nécessaires. Ayant fait l’impasse sur ces données et bien d’autres, ces débats ont manqué de sincérité et de cohérence avec la situation.
Ce séminaire largement franco-irakien, avec quelques participations de pays tiers, autour de la problématique de la politique énergétique alternative à Bagdad était donc indispensable. Il s'est tenu à Paris, dans un lieu neutre, organisé par le
programme Proche et Moyen-Orient de la Fondation Maison des sciences de l’homme, côté français, et le Centre d’études irakiennes, côté irakien. Il a rassemblé de grands responsables politiques, décideurs et chercheurs irakiens et français, particulièrement des économistes.
Organisateur -
Hosham Dawod (FMSH - CNRS)
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Séances.
25-27 février 2008
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• Le pétrole et l'État rentier : le cas de l'Irak
Séance présidée par Jacque Sapir (économiste, EHESS)
Fadhil CHALABI (directeur du CGES, Londres) : Iraq's oil : still the big unknown
Ibrahim Bahr AL-OLOUM (ancien ministre du Pétrôle irakien)
Yahya SAID (Revenue Watch Institute / Moyen-Orient et Afrique du Nord - LSE) : Iraq's hydrocarbons legal framework
• L'État et les politiques pétrolières
Séance présidée par Alain d'IRIBARNE (économiste, CNRS - FMSH)
Mahdi AL-HAFIDH (député irakien, ancien ministre du Plan) : la problématique de l'investissement des ressources pétrolières dans le développement national
Muhammad-Ali ZAINY (senior energy economist and analyst, CGES) : Iraq oil : turning the curse to a blessing
Table ronde
L'État de rentre pétrolière et la possibilité de transformation vers une économie de marché
• Repenser le rôle de l'État dans le domaine pétrolier
Séance présidée par Leila BENALI (senior analyst, CERA)
Thamir Abbas GHADHBAN (1er conseiller auprès du Premier ministre pour la question pétrolière) : Repenser le rôle de l'État dans le domaine pétrolier
• Perspectives de la politique et de l'industrie pétrolière en Irak
Shamkhi FARAJ (expert en pétrole) : vers une politique pétrolière transitoire
Kamil K. AL-ADHADH (consultant en économie GOIC, Doha) : optimisation policies for the management of the Iraqi oil extraction industry
Mohammed S. AL-JAWAD (université de Bagdad) : Iraqi petroleum industry and the modern technology
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• Le projet de loi sur le gaz et le pétrôle, relecture critique
Séance présidée par Nicolas SARKIS (directeur, Arab Petroleum Research Center)
Layth AL-SHAHER (directeur des affaires juridiques, ministère du Pétrôle, Bagdad) : bref aperçu de la législation irakienne au sujet du pétrôle
Tarek SHAFIQ (directeur, Petrolog & Associates) : Iraqi petroleum law : problematic issues and its fate
Table ronde
Politiques pétrolières et futur rôle de l'Irak dans le domaine de l'énergie
Alan KHATEB, Shamkhi FARAJ, Tarek SHAFIQ
• Limites du centralisme et de la décentralisation étatiques dans le domaine pétrolier
Séance présidée par Hosham DAWOD (directeur scientifique du programme Proche et Moyen-Orient / FMSH)
Adnan MUFTI (président du parlement du Kurdistan)
Table ronde
Quelle politique pétrolière pour l'Irak
Qusay ABDUL-WAHAB (député à l'Assemblée nationale irakienne)
Ibrahim Bahr AL-OLOM (ancien ministre du Pétrôle)
Adnan MUFTI
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