Réseau Acteurs émergents, Dakar, 5-7 décembre 2007
L’université Cheikh Anta Diop de Dakar (
UCAD - Faculté des sciences et technologies de l'éducation et de la formation
FASTEF) et le Réseau Acteurs émergents (
RAE / FMSH) ont organisé le séminaire international « Les nouvelles demandes / offres de formation dans des pays en développement à l’ère de la globalisation » à Dakar avec le soutien de la Fondation Maison des sciences de l’homme (FMSH), du laboratoire Identités, Territoires, Expressions, Mobilités (
ITEM / université de Pau et des pays de l’Adour), du Centre d’études des mouvements sociaux (
CEMS / EHESS) et du Swedish Research Council (
projet Transnational strategies in higher education).
Depuis plus d’une dizaine d’années, les espaces académiques, aussi bien dans des pays en développement que dans des pays développés, connaissent des restructurations plus ou moins profondes, initiées par eux-mêmes, ou imposées par des organes de « régulation » transnationale. Ces restructurations ont des effets sur tous les niveaux des systèmes d’enseignement. Elles introduisent en particulier au sein des universités de nouveaux modes de gouvernance qui se traduisent par une diversification des filières, des publics étudiants et des statuts d’enseignants. Sous des formes et selon des modalités différentes, des institutions transnationales semblent imposer ou suggérer indirectement des plans de carrière et des pratiques socio-professionnelles.
Dès lors, se pose la question de savoir s’il y a émergence de nouveaux archétypes de la réussite. Comment se définit aujourd’hui la « réussite » dans un espace culturel et éducatif mondialisé ? Comment peut-on analyser l’articulation entre la globalisation par le haut (imposition des institutions transnationales) et la globalisation par le bas (pratiques éducatives d’acteurs des classes moyennes et populaires) ? Quelles sont les procédures de légitimation de cette nouvelle configuration ?
Ce séminaire visait à interroger l’effet des contraintes, notamment économiques, sur les transformations des rapports aux différents niveaux de formation, d’analyser les stratégies éducatives individuelles ou collectives, d’identifier les formes et les contenus des demandes et des offres de formation et/ou de culture, de se pencher, plus spécifiquement, sur les modes d'acquisition universitaire et sur les pertes de repères provoquées par ces bouleversements.
L’objectif était aussi plus généralement de contribuer au développement des échanges, de la réflexion, de la formation à la recherche dans le domaine des SHS en Afrique, en partenariat étroit avec les enseignants-chercheurs et les chercheurs des centres de recherche des pays du Nord et du Sud.
Construit autour d’
exposés sur cinq sous-thèmes, il a permis d’engager la réflexion interdisciplinaire et transdisciplinaire sur les offres de formation dans l’enseignement supérieur des pays du Sud et du Nord. Parmi les nombreuses questions soulevées et discutées :
– la régulation éducative entre les exigences nationales et les contraintes internationales,
– l’inscription de l’offre et de la demande éducative des pays d’Afrique, ainsi que des pratiques pédagogiques dans le champ éducatif soumis aux contraintes politiques, économiques et sociales,
– les politiques de réforme de l’enseignement supérieur dans les pays d’Afrique comme dans ceux d’Europe, d’Asie et d’Amérique latine sont confrontées à la mondialisation des savoirs. Ce qui a amené les participants à interroger également les relations entre le local et le global dans la circulation internationales des idées,
– l’identification la plus exhaustive des acteurs publics et privés du système éducatif s’impose comme l’une des tâches prioritaires à réaliser dans un travail en partenariat entre nos réseaux institutionnels respectifs.
D’autres interrogations ont porté sur les objets anciens et nouveaux de la recherche en sciences sociales et humaines.
Les participants au séminaire international ont aussi souligné la nécessité pour les enseignants-chercheurs et pour les chercheurs de nos institutions respectives de multiplier les analyses comparées sur les questions éducatives, en rapport non seulement avec les aires géographiques, mais également avec les différents champs disciplinaires. D’où la prise en compte de tous les « régimes d’historicité » pour une meilleure analyse des totalités sociales en mouvement, des récits de vie des acteurs institutionnels, publics et privés.
Enfin, sur le plan institutionnel, il a été recommandé le développement des relations institutionnelles entre les organismes d’enseignement et de recherche des pays du Sud et du Nord.
Réunion des membres du Réseau Acteurs émergents
Ce séminaire de Dakar s’est poursuivi par une réunion des membres du réseau, qui a été l’occasion de mettre en place une réelle stratégie de visibilité du réseau, à la fois à travers
son site internet (hébergé par la FMSH) et par la mise en place de partenariats pour lancer des programmes de recherche, mettre en place des échanges (chercheurs / étudiants).
Les discussions ont également porté sur les publications : des actes des rencontres (en commençant par Dakar), mais aussi de numéros thématiques dans des revues, en fonction de l’état d’avancement des recherches des uns et des autres.
Enfin, le renouvellement des rencontres du réseau / séminaires internationaux a également été abordée. Le thème envisagé pour les rencontres qui auront lieu au Maroc fin 2008 pourrait être « La place de la formation et du diplôme dans la circulation internationale des acteurs émergents », qui s’appuierait sur différentes logiques de circulation internationale (nouvelles logiques de mobilité structurées, prédéterminées, homogénéisantes, comme celles proposées par le système LMD ; logiques traditionnelles des pôles universitaires et de formation périphériques et dominées vers les pôles centraux et dominants (ex. Maroc, Sénégal, etc. > France) ; logiques « autres », comme par exemple la circulation entre pays en développement, entre pôles dominés : ex. Maroc > Sénégal). Cette réflexion se révèle être aussi une porte d’entrée pour analyser les politiques migratoires mondiales et leurs changements.
Contact
Anne-Catherine Wagner –
acwagner@univ-paris1.fr
Créé en 2000, le Réseau Acteur émergents est un espace de rapprochement et d’échange entre des enseignants-chercheurs, des chercheurs et des doctorants en SHS, tant africanistes que non-africanistes. Il réunit actuellement 68 chercheurs issus d’Afrique subsaharienne (Sénégal, Mozambique, Afrique du Sud, Nigeria, Cameroun), du Maghreb (Algérie, Maroc), d’Europe (France, Grande-Bretagne, Italie, Suède) et d’Amérique (Brésil, Canada, États-Unis). Les membres du réseau interrogent dans une perspective comparative les transformations et les recompositions que connaissent les États nationaux africains dans le contexte actuel de mondialisation et se penchent sur les conditions d’émergence de nouveaux acteurs dans le champ social et politique.
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