Dossier TIC – diffusion scientifique
Les archives ouvertes
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Jeudi 18 janvier 2007
Amphithéâtre EHESS

Voir la vidéo de la conférence
     
200 personnes réunies dans l'amphithéâtre de l'EHESS
Daniel Charnay, directeur du CCSD
Françoise Thibault, responsable du programme Tematice / FMSH
Christine Berthaud, documentaliste à l'ISH Lyon
Odile Contat, documentaliste au CES
 

Compte rendu
conférence HAL SHS - Hyper Articles en Ligne



La cellule de communication de la FMSH et la délégation Paris A du CNRS remercient les intervenants et le public de cette conférence.

Les enjeux de ce nouveau mode de communication scientifique et les attentes des usagers expliquent le succès de cette conférence qui a réuni près de 200 personnes pendant trois heures dans l'amphithéâtre de l'EHESS. L'implication et la motivation des représentants de chaque domaine d'activité concerné (chercheurs, documentalistes, bibliothécaires, professionnels de l'édition, notamment privée, tous relevant essentiellement des SHS) se sont rapidement traduites par une prise de parole, transformant la conférence en débat où le dialogue s'est instauré avec les intervenants mais aussi entre les participants.

Afin de répondre à cet intérêt, réel, et aux multiples interrogations suscitées, la FMSH envisage d'organiser à la rentrée 2007 une autre rencontre sur l'utilisation des archives ouvertes.

Ce compte rendu reprend les points qui nous semblent les plus significatifs. Il est complété par les supports utilisés par les intervenants ainsi que par la vidéo de la conférence (en ligne début février 2007).


Rappel de quelques principes significatifs de HAL (Daniel Charnay et Françoise Thibault)

Véritable outil de communication scientifique directe, la plate-forme HAL, développée depuis 2002 sur le modèle américain d'ArXiv, est un système de dépôt de documents scientifiques de tout type et de toute discipline qui privilégie une approche chercheur. Son objectif est la conservation des productions scientifiques, en vue d'améliorer leur accessibilité et circulation à l'échelle mondiale.

Conscientes des enjeux pour la diffusion de la recherche, les principales institutions françaises ont souhaité formaliser leur association à HAL par la signature l'été dernier d'un protocole interétablissement, et mutualiser leurs ressources (le suivi et la maintenance d'une archive ouverte nécessitent par établissement deux à trois ingénieurs alors qu'un outil comme HAL ne requiert que six ingénieurs pour plus d'une dizaine d'établissements).

Cette conférence a permis de mettre en lumière tout le réseau complexe de questions et de redéfinitions qu'un nouveau mode de communication génère nécessairement, notamment celles de la délimitation des rôles et finalités de l'édition et des archives ouvertes.

Une des premières interrogations du public portait sur le statut de la « pré-publication » et plus fondamentalement, sur le rapport que la diffusion sous format papier ou électronique entretient avec la nature des productions scientifiques. A l'ère du papier, la publication d'un contenu reléguait à un statut d'inachevé le pré-print. A cela, un chercheur de l'auditoire précise que, par exemple, un rapport de recherche publié est retravaillé, non pas dans le sens d'une amélioration de sa valeur scientifique mais dans le sens d'une adaptation au format de publication. Il s'agit donc bien de ne pas confondre scientificité et publication et de distinguer des finalités et des usages complémentaires entre édition et archives ouvertes. L'article de revue représente un certain type de document (sélectionné par un comité de rédaction, transformé « éditorialement », publié) ; les dépôts sur une archive peuvent être, quant à eux, constitués d'articles publiés et non publiés qui doivent avoir un statut scientifique (thèses, actes de colloques non publiés, pré-prints, .). Et c'est précisément parce que l'archive distingue des états/étapes de rédaction et des types de documents qu'elle peut compléter, sans s'y substituer, l'édition papier. Apparaissent donc, avec les archives ouvertes, des documents scientifiques auparavant inaccessibles, invisibles.

Il est d'ailleurs important de souligner que cette classification entre types et états de documents permet de distinguer des procédures et des usages propres aux communautés scientifiques. Différence que la conférence a montré très nettement et dont il s'agit de prendre toute la mesure.
Rappelons qu'ArXiv, première archive ouverte, a été créée afin de répondre aux besoins des physiciens de communiquer directement et pour cela de posséder un espace archivant leurs pré-publications. Cette caractéristique, historique, fait donc surtout état d'une pratique « disciplinaire »  : dans les sciences exactes, le document déposé n'est pas nécessairement publié et fait l'objet de versions successives, intégrant les avancées des recherches et les suggestions des pairs. Le cycle de vie d'un article dans ces domaines est ainsi profondément modifié par le fonctionnement des archives ouvertes : la distinction entre pré-prints, publications, post-prints devient caduque.
Les SHS se caractérisent, quant à elles, par des pratiques rédactionnelles, d'archivage et de diffusion différentes : les chercheurs déposent essentiellement des articles publiés, notamment dans des revues. D'où la nécessité de redéfinir les rôles de l'édition et des archives ouvertes, mais surtout d'en montrer la complémentarité.
Plusieurs points sont à souligner. D'abord, HAL SHS constitue le support approprié pour la diffusion d'articles épuisés, de revues à faible visibilité internationale. En France, par ailleurs, des discussions sont notamment en cours avec le Syndicat national de l'édition au sujet de la « barrière mobile » (délai avant lequel le dépôt en archive ouverte d'un article publié n'est pas autorisé).

La question des critères d'évaluation de la scientificité des articles déposés a été soulevée par le public. Si elle ne pose pas problème pour les articles déjà publiés, c'est plus complexe pour des textes non publiés. La réponse à ce genre de problème consiste à organiser une lecture effectuée par des scientifiques qui garantit que ce document présente les qualités suffisantes pour être soumis à un comité de lecture dans la discipline concernée. Une archive comme Edutice regroupe plusieurs chercheurs qui effectuent ce travail avant la mise en ligne. Cette modalité devrait être progressivement appliquée à l'ensemble HAL SHS.
Autres facteurs de garantie : tout dépôt, bien que modifiable, ne peut être supprimé ; cette impossibilité, combinée à la grande visibilité offerte par les archives ouvertes, engage la responsabilité de l'auteur. Notons également que l'« adresse internet » des dépôts, conçue pour être fondamentalement stable et pérenne, rend possible les citations de documents en ligne. Cette stabilité se double d'un horodatage précis du dépôt qui interdit toute utilisation « frauduleuse ». Toutes ces caractéristiques font de ce support une source de contenus scientifiques fiables.


HAL SHS dans la pratique (Christine Berthaud)

Au 17 janvier 2007, HAL SHS regroupait 6 463 dépôts, classés par disciplines (25) et par « collection » (actes de colloque, etc.), avec une moyenne mensuelle d'environ 150 dépôts, hors notices bibliographiques.

Les chercheurs en sciences humaines et sociales ont des habitudes de dépôt qui diffèrent de leurs confrères des sciences exactes.
Si, dans HAL, de nombreux dépôts concernent des articles sans référence de publication (45%), il n'en est pas de même sur HAL SHS où figurent au contraire majoritairement des articles avec référence de publication (article de revue, chapitre d'ouvrage, etc.).


Formation à HAL SHS au Centre d'économie de la Sorbonne (Odile Contat)

L'économie se situe, dans la pratique des archives ouvertes, entre les sciences exactes et les SHS. Au CES, l'approche a été très volontariste, menée par trois documentalistes qui ont déposé les articles des Cahiers de la MSE (Maison des sciences économiques), et surtout réellement accompagné les chercheurs au cours d'entretiens individuels.

Six mois après une première campagne d'information par email auprès de 186 chercheurs et enseignants-chercheurs (la moitié de l'effectif scientifique du CES), l'archive ouverte compte 52 dépôts d'articles de 2006 de la part de chercheurs formés (soit plus de 22% du total des dépôts depuis la création de l'archive).
Les dépôts sont le fait d'une quinzaine de contributeurs réguliers (trois à cinq dépôts par contributeur) de documents généralement déjà publiés.

À ce stade, pour se développer, le mouvement des archives ouvertes a besoin d'une réelle incitation institutionnelle.


En conclusion...

HAL est un outil dont les modalités de fonctionnement s'élaborent en fonction des retours des utilisateurs et notamment des pratiques des diverses communautés scientifiques concernées.
A noter qu'à l'occasion du protocole d'accord, le développement de la plate-forme HAL s'accompagne de la création de deux comités : un comité stratégique et un comité scientifique et technique.



Retrouvez les supports de conférence des intervenants :
– Daniel Charnay
– Christine Berthaud
– Odile Contat

Retrouvez la vidéo de cette conférence sur le site du programme des Archives audiovisuelles de l'équipe ESCoM / FMSH. La vidéo « brute » devrait être en ligne à la fin de la première semaine de février 2007. La vidéo finale le sera début mars 2007.



 
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